Les jeunes et l’alcool

Aussi sûr que revient l’été, la question de la consommation d’alcool chez les jeunes refait surface, notamment avec la clôture de la session de juin. Brossant une image peu séduisante du jeune et relayée entre autre par les médias, où la seule limite à sa consommation d’alcool est celle de son porte-monnaie. [1] [2]
Soyons réalistes cette consommation existe bel et bien chez les jeunes et elle s’avère, dans certains cas, problématique. Notre volonté n’est pas de nier cette consommation mais d’apporter plusieurs éléments de réflexion à ce débat.

La place de l’alcool dans notre société

L’alcool renvoie à un double message dans notre société. Il est autant accepté que décrié.
D’une part, l’alcool fait partie intégrante de nos modes de vie : dans les fêtes de famille, les concerts, les clips musicaux, les festivals, les séries, les films, … L’alcool comme ses représentations sont omniprésents voire banalisés. Sa consommation est souvent perçue comme une voie de socialisation communément acceptée. Le premier verre d’alcool se boit généralement au sein de la famille.

D’autre part, l’alcool apparaît également comme un fléau aux yeux de la société. Les dérives qui y sont associées sont dénigrées surtout si elles proviennent des jeunes. Il existe une diabolisation de l’alcool et de ses risques. Entourer l’alcool d’interdit augmente son pouvoir attractif auprès des plus jeunes. Ces interdictions suscitent chez ces derniers le désir de les transgresser, de découvrir et de tester leurs propres limites.

Et pourtant, la société valorise la consommation d’alcool comme partie intégrante de la vie. Mais parallèlement, elle refuse aux jeunes d’y prendre part. Elle veut que le jeune s’intègre tout en le tenant à l’écart de certaines sphères. Une sorte d’hypocrisie sociale en somme. On veut que le jeune soit et fasse comme tout le monde mais pas tout le temps et pas pour tout.

Comment les amener à réfléchir à tout cela ?

Face à ce phénomène, nos organisations de jeunesse ont une volonté d’adopter une vision constructive plutôt que de condamner ou d’interdire. Nous voulons amener les jeunes à être responsables, à réfléchir sur leurs comportements en général comme sur le monde dans lequel ils vivent et doivent interagir. Nous voulons une société « jeunes admis » où les jeunes sont acteurs plutôt que spectateurs.

La consommation d’alcool renvoie à plusieurs besoins : le plaisir, la socialisation avec les pairs ainsi qu’un effet auto-thérapeutique (besoin de souffler, de lâcher prise). Ces trois éléments relèvent tout simplement d’un comportement humain. Le tout est alors d’apprendre aux jeunes à tenir compte de certaines balises ; par exemple, en leur proposant de s’interroger sur leur consommation. Pourquoi je bois ? Qu’est-ce qui me pousse à consommer ce type de produit ? Que m’apporte le produit ? Suis-je encore moi-même après quelques verres ?

Plutôt que de stigmatiser le jeune face à sa consommation d’alcool, l’enjeu consiste à éduquer en lui proposant de réfléchir et d’agir par et pour lui-même. L’objectif ne sera pas d’imposer un comportement type. Imposer sans dialogue préalable n’a que peu de chance d’aboutir aux effets souhaités surtout chez les adolescents les plus jeunes.

Le réseau « Jeunes et alcool » auquel participe Jeunesse et Santé analyse cette problématique notamment par le biais de publications disponibles sur son site internet : www.jeunesetalcool.be. Il offre des pistes intéressantes pour comprendre et prévenir certains abus. Ils font également le point sur la législation en vigueur en Belgique.

Pour terminer, tous les acteurs du secteur en sont convaincus ; la prévention, la promotion de la santé et la réduction des risques seront des actions essentielles pour modifier de manière efficace et durable les comportements inadéquats.

Anne-Lise Mallia
Chargée de projet au CJC
almallia@cjc.be