Les "insurgés"

Après l’Espagne (Madrid, Barcelone…), la France (Paris), la Grèce (Athènes), c’est au tour de la Belgique de voir fleurir sur plusieurs places de villes importantes (Bruxelles, Louvain-La-Neuve, Liège et Namur) des campements de personnes. Ce mouvement des « Indignés » s’inscrit dans la lignée du printemps arabe et découle d’un ras de bol commun.

En effet, ces personnes issues de milieux sociaux différents se sont rassemblées de manière spontanée. Ils participent à cette action en leur nom propre et ne font partie d’aucune association ou groupe, encore moins d’un parti. Ils adhèrent à ce mouvement car ils ont le sentiment que la société ne fonctionne plus. Ils pensent que les partis au pouvoir ne représentent plus le peuple et que ces derniers mettent en place des mécanismes qui renforcent les inégalités, rendant les riches plus riches et les pauvres plus pauvres.

Cette photo a été prise à Madrid, sur la Puerta del sol , le 27 mai. "Les indignés" manifestent pour protester contre la politique menée par le gouvernement espagnol. Au premier plan, l’un d’eux porte des fleurs au centre de la place. Un peu plus loin, d’autres arborent des affiches sur lesquelles tu peux lire "no" qui veut dire "non" au silence, car le visage, qui est dessous, a la bouche scotchée. Enfin, au dernier plan, une des tentes, il y en a des centaines comme celle-là sur la place. (© photo AFP/ Pedro Armestre)

Ainsi, dans notre pays, entre autres, ces citoyens dénoncent le fait que l’austérité est déjà une réalité. Réalité à travers la mise en place de politiques qui ne disent pas leurs noms : Accords Interprofessionnels qui fragilisent l’indexation, privatisations (poste, enseignement…), augmentation des tarifs des services publics (bus, train…).

Comme leurs homologues espagnols, ces « indignés » mettent en avant le taux de chômage, aux bas salaires, la crise de l’immobilier, à la précarité croissante ; les jeunes ont de moins en moins envie de se taire. Ils veulent débattre sur la société dans laquelle ils vivent et vivront leurs enfants. Ils veulent combattre le capitalisme, faire réapproprier la politique par les peuples et revenir à un monde plus solidaire.

Les protestataires se rallient à la cause espagnole et réclament que chaque société respecte comme priorités l’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, le bien-être et le bonheur des personnes. Ils exigent que les droits basiques tels que le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation, au libre développement personnel et à la consommation des biens nécessaires pour une vie saine et heureuse soient garantis au sein de ces sociétés.



Ces jeunes « Indignés » sont perçus de diverses manières par notre société. Ainsi, même si les revendications qu’ils avancent semblent légitimes, au vu de l’extérieur, pour certains, ces rassemblements semblent n’être que des lieux pour crier leur indignation.
Pourtant, ce qui s’y vit réellement, ce sont de débats et des constructions d’alternatives et de propositions. C’est une forme de réveil de conscience de la jeunesse européenne, suite à celui de la jeunesse arabe, pour s’opposer au pouvoir effectif de l’argent qui n’arrive pas à résorber les inégalités sociales et à répondre à la quantité des problèmes écologiques entre autres.

Même si cela peut être considéré comme un « frémissement », ce mouvement aspire à autre chose que ce que les politiciens leur imposent. Par des pratiques alternatives, ils veulent revenir à plus de liens, moins de biens et plus d’humanité (cf. livre paru aux Editions). Ils veulent reconstruire une notion de collectif capable de respecter les individus Ils veulent remettre le processus démocratique au sein des pratiques de la société et redonner la parole au « peuple » en interrogeant les gens sur ce qu’ils veulent pour construire les balises de demain.
Une manière de montrer qu’on est à un tournant de l’histoire, qu’il faut sortir de l’individualisme, du vieux monde du capitalisme même si cela suppose des efforts. Il faut repenser nos modes de vie pour consommer moins et autrement, certes pas à l’encontre du véritable progrès – par exemple : les médicaments qui augmentent notre niveau de vie- mais à l’encontre du consumérisme « bête et idiot » où chacun veut tout, tout de suite, dès qu’il en a envie – dernière console à la mode-.
Ainsi, pourra-t-on peut-être espérer faire diminuer le taux de chômage en réduisant le temps de travail, en le redistribuant. Une façon également de le revaloriser…

Bénédicte Bragard
benedicte.bragard@icc-formation.be



Pour ceux qui veulent en savoir plus …

Deux livres :
« Redéfinir la prospérité, Isabelle CASSIERS et alii, Editions de l’Aube, avril 2011, 282p. »
« Pour en finir avec ce vieux monde, les chemins de la transition », coordonné par Thomas COUTROT, David FLACHER, Dominique MEDA, Christian ARNSPERGER, Geneviève AZAM, Marie DURU-BELLAT et al., Editeur Utopia, Paris, coll. Ruptures, 276p.

Une émission radio :
Thème : Redéfinir la prospérité

Deux sites internet :
http://prendslaplace.agora.eu.org/
http://owni.fr/2011/06/01/les-propositions-de-%C2% A1democracia-real-ya/