
Banlieues parisiennes : quand le dialogue part en fumée
Cette nuit, j’ai dormi sur mes deux oreilles. Le réveil fut même facile. Mais à 400 kilomètres d’ici, le matin est douloureux.
Le réveil des habitants d’Aulnay, Clichy et autres quartiers voisins en banlieue parisienne est, à l’instar des sept matins précédents, un réveil consterné après une nuit longue et bruyante. Une nuit violente dans des quartiers enflammés.
Suite à la mort de deux mineurs électrocutés après avoir pénétré dans un transformateur électrique à Clichy-sous-Bois, alors qu’ils se croyaient poursuivis par la police, de violents affrontements se sont déclenchés en Seine-Saint-Denis, puis dans d’autres départements de la banlieue parisienne. Déclenchement de violentes émeutes en effet. Mais de profondes questions également.
Interrogé par le Nouvel Observateur, Dominique Wolton, spécialiste de la communication politique, fait remarquer que finalement la couverture médiatique de cette actualité violente fait se recouvrir trois réalités, parfois divergentes : celle des politiques, celle des journalistes et celle du terrain.
Pour ce qui est du premier, le discours politique, on l’a entendu. Si les hommes politiques ont pris du temps à réagir, et principalement Jacques Chirac qui ne s’est réveillé qu’après la sixième nuit, ils se sont par la suite rattrapés. On a très bien entendu le terme « racaille » utilisé par Sarkozy, la rivalité entre de Villepin et Sarkozy et leurs discours rigides.
Quant au discours journalistique, il fut également bien présent. Mais parler des jeunes, de banlieue de surcroît, ce n’est pas simple. Il faut sans cesse éviter de se laisser emporter par les stéréotypes. Au point qu’ils en donnent souvent une image trop simpliste. Les journalistes arrivent, restent deux ou trois heures, prennent leurs sons ou leurs images et repartent. La complexité des rapports sociaux sur place est rarement prise en compte. Or, il est clair que la médiatisation des faits ne laissent pas indifférents les auteurs de ces faits.
Et pour finir, la réalité du terrain. La réalité des jeunes. L’a-t-on entendue ?
Que ces violences urbaines dans les banlieues parisiennes soient le signe d’un malaise, tout le monde est d’accord. Mais un malaise de quoi ? Que se passe-t-il ? Avec quels mots pourrions-nous traduire ces signaux violents, révoltés, et même excessifs, de détresse ?
Demandons aux jeunes, ce sera plus simple. C’est là que le bas blesse. Leur a-t-on vraiment posé la question ?
Dans son édition du 02 novembre, le quotidien Libération propose cinq regards de l’intérieur des Cités. Des hommes et des femmes qui y travaillent, qui y vivent parfois : un formateur social, un policier, un enseignant, un sociologue et une présidente d’association. Merci Libé, mais les jeunes ? Leur a-t-on offert une vraie tribune d’expression ou doivent-ils continuer à attirer l’attention avec leurs sorties incendiaires nocturnes ? Dans les médias traditionnels, rien de flagrant, rien d’apparent. Alors, j’ai cherché du côté des médias « underground » : sur la plate-forme skyblog par exemple. En effet, les blogs, ces sites persos si convoités par les jeunes sont utilisés pour tout type d’expression, alors pourquoi pas sur ce sujet ?
Le résultat fut décevant. Certains blogs spécialement créés sur les évènements que connaissent le « 9-3 » et le « 9-4 » ont été supprimés par les modérateurs de la plate-forme. Entrave à la liberté de la presse ? Faut-il s’indigner ? Peut-être pas, car d’un autre côté, les quelques blogs sur ce sujet qui survivent encore, sont principalement porteurs d’un appel à la mobilisation haineuse et récoltent en contre partie des commentaires racistes. Retour à la case départ de l’intolérance. Une lueur d’espoir.
Dans ce dialogue de sourd, une carte ne semble pas encore avoir été jouée. Peut-être même la meilleure carte, l’as de coeur du conflit : les animateurs et les associations de proximité. En effet, ils sont ceux qui connaissent leurs jeunes, qui sont proches de leurs besoins, de leurs souhaits et de leurs rêves.
Anne-Claire Orban
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