Les études paient-elles ou paie-t-on les études ?

8000€, c’est le prix que coûte, en moyenne, une année d’études supérieures, d’après un sondage de la Ligue des familles. Malgré les nouvelles mesures qui tendent à démocratiser l’accès à l’enseignement, elles sont une goutte d’eau dans l’océan selon la Fédération des étudiants francophones (FEF). Doit-on-mettre au placard l’idée d’une école ouverte à tous et voir se creuser les inégalités sociales ?

Des actions pour la démocratisation…

Cette situation a provoqué de nombreuses réactions au sein de mouvements étudiants, notamment avec la campagne Sauvez Wendy initiée par la FEF. Ces opérations semblent avoir porté leurs fruits puisqu’en 2010, un décret visant à réduire les coûts d’accès à l’enseignement supérieur a été voté par la communauté française.

Cette action est une avancée en matière de démocratisation, mais une goutte d’eau dans l’océan selon la FEF ! Celle-ci estime que ces mesures sont dérisoires à côté du coût des kots, des moyens de transport, de l’accès à Internet, etc. Pour relever le défi, il faudrait un refinancement de l’enseignement à hauteur de 7% du PIB belge…

Faut-il pour autant renoncer au projet de rendre l’enseignement accessible, même aux étudiants sans le sou ? La véritable question n’est sûrement pas là ! Il faudrait plutôt remettre en cause le système de financement de notre enseignement, incapable de corriger les inégalités sociales. La véritable question ne serait-elle pas : « Le financement public actuel est-il la panacée en matière d’enseignement supérieur ? », « D’autres modes de financement sont-ils plus efficaces ? »

S’autofinancer autrement, plus efficace et équitable ?

D’après Vincent Vandenberghe, le financement public des universités et hautes écoles a montré ses limites et se révèle inéquitable en matière d’accès aux diplômes supérieurs. De plus, les études de l’O.C.D.E. (Organisation de coopération et développement économique) ne semblent pas montrer de corrélation entre la part de financement public et l’accès au post-secondaire. Pourtant, Vandenberghe ne défend pas l’idée d’un financement privé qui provoquerait un enseignement élitiste sélectif, mais bien une autre façon de redistribuer les ressources par le biais du prêt implicite. Ce système est appliqué dans de nombreux pays tels que, le Royaume uni, les Pays-Bas ou encore la Norvège et paraît plus efficace en termes d’accessibilité et de viabilité économique. Il s’agit ici de financer, non plus les institutions, mais bien les étudiants en leur accordant des prêts pour que ces derniers puissent payer leurs études. A la fin de celles-ci, ils sont amenés à rembourser cette avance pécuniaire au prorata de leur salaire. Selon les études statistiques, cette alternative serait beaucoup plus équitable. En outre, si ce système se généralisait, cela permettrait de régler le problème de financement lié à la mobilité, de plus en plus accrue, des étudiants au niveau européen et international. Au niveau individuel, ce projet a l’avantage de responsabiliser les étudiants qui sont amenés à prendre leur sort en mains.

Cependant, les études qui prônent ce système ne parlent pas du revers de la médaille. En effet, la mise en place d’un tel système mettrait, en quelque, sorte fin au système de solidarité si cher aux yeux des Belges. De plus, qu’en sera-t-il des étudiants qui se trompent de voie et sont amenés à se réorienter, ceux qui échouent ou encore ceux qui ne parviennent pas à rembourser leur prêt ?. Dans les pays où ce système est appliqué, nombreux sont les exemples d’anciens étudiants qui peinent à rembourser leur fameux prêt…

Nous pouvons donc dire que le financement de l’enseignement supérieur fera encore couler beaucoup d’encre et qu’un système parfait, n’existera sans doute jamais. Néanmoins, c’est par la réflexion, la prise de recul, l’exploration de nouvelles voies et la prise d’initiatives que les choses pourront évoluer. Or, être CRACS, n’est-ce pas avant tout être acteur de son avenir, créer des projets et être responsable de sa destinée ?

Guillaume Hannecart
guillaume.hannecart@resonanceasbl.be