Les enfants de plus en plus inégaux …

Les enfants ne naissent pas tous égaux… Triste mais réaliste, ce constat est corroboré par le dernier rapport réalisé par l’Unicef et rendu public mi-avril. Déjà avérée dans les pays malmenés par les crises à répétition, cette constatation se confirme également dans les pays considérés comme « riches ». Décryptage et explications.

Le Bilan Innocenti a pour objectif de présenter un état des lieux des inégalités de bien-être entre les enfants de 41 pays de l’Union Européenne et de l’Organisation de Coopération et Développement Economiques (OCDE). Cette étude, qui en est à sa treizième édition depuis sa première publication en 2000, est réalisée annuellement par le centre de recherche de l’Unicef. [1]

Késako ?
En d’autres mots, ce rapport vise à analyser la situation des enfants les plus démunis au sein des pays riches ou économiquement développés. Des pays tels que les Etats-Unis, le Japon, la France, le Danemark, la République Tchèque, la Belgique et bien d’autres encore… ont été passés au crible sur base de quatre critères. L’étude a ainsi comparé les inégalités existantes en termes de revenus, d’éducation, de santé et de satisfaction générale de la vie. Originalité de ce bilan, il s’attache à démontrer les écarts existants entre les 10% d’enfants les plus pauvres et ceux situés dans la moyenne. [2]

Les résultats sont sans appel et démontrent, selon l’Unicef, que les 10% d’enfants les plus pauvres sont de plus en plus laissés pour compte dans les pays riches. Une sorte de spirale négative qui se traduit par une accumulation des difficultés, dans les différents domaines examinés, pour les enfants les plus vulnérables. [3]

Une inégalité ne venant jamais seule, des disparités entre les sexes ont également été démontrées. Dans les foyers où sévit la précarité, la situation des jeunes filles est encore plus préoccupante, notamment, en matière de santé. Les auteurs du rapport énoncent que « dans 34 pays examinés, les probabilités pour que les filles soient laissées-pour-compte en termes de santé sont nettement plus élevées ». [4]

Quid de la situation en Belgique ?
Sur les 35 pays de l’UE et de l’OCDE repris au classement général, la Belgique pointe à la 29e place, juste derrière la France et ex-aequo avec le Luxembourg.
Les résultats en matière d’enseignement constituent le principal bémol ; le pays présentant le deuxième plus grand écart en matière de réussite scolaire. L’étude sur l’égalité des chances à l’école réalisée par Itinera confirme cette tendance et le lien tenace qui existe entre milieu favorisé et réussite scolaire. Rien que du côté francophone, un élève issu d’un milieu favorisé a six fois plus de chance de figurer parmi les meilleurs élèves qu’un enfant issu d’un milieu précaire. [5]

Avec un écart de 30% entre les enfants les moins satisfaits de leur vie et le degré de satisfaction moyen, la Belgique s’illustre également négativement dans ce domaine. En effet, alors que, en moyenne, les enfants de 11, 13 et 15 ans font état d’un taux de satisfaction de 8 sur 10, 10% des petits belges évaluent leur satisfaction à moins de 4 sur 10. [6]

Pour les inégalités en matière de santé et de revenus, le pays se situe au milieu du classement. Néanmoins, les chiffres restent alarmants : 10% des enfants belges grandissant dans une famille avec un revenu inférieur à 50% du revenu moyen et 18,8% dans une famille sous le seuil de pauvreté. [7]

Que faire ?
La directrice du centre de recherche n’a pas hésité à mettre en lumière la responsabilité du monde politique : « le bien-être des enfants, quel que soit le pays, n’est pas la conséquence inévitable de circonstances individuelles ou du niveau de développement économique, mais dépend de choix politiques » . [8]

A travers son rapport, le centre enjoint les gouvernements à mettre en œuvre des politiques visant à améliorer le bien-être des enfants les plus démunis et, dans ce sens, avance plusieurs recommandations : protection des revenus des familles avec enfants les plus pauvres, promotion de modes de vie sains, amélioration de la réussite scolaire des plus défavorisés… [9]

En Belgique, la Fondation Roi Baudouin propose des pistes pour améliorer la formation des professeurs de maternelle, notamment, en vue de faire face aux inégalités sociales et économiques croissantes qui touchent les petits élèves [10]. Une pierre à l’édifice pour tenter de contrer le cercle vicieux de l’injustice au sein duquel les enfants les plus vulnérables sont trop souvent prisonniers. Le chemin vers l’égalité semble, néanmoins, encore long…

Vanessa Pitaels
Chargée de communication CJC
vpitaels@cjc.be