
Dimanche dernier, les Congolais ont voté de façon libre et démocratique. Cet événement n’était arrivé qu’une fois auparavant, il y a 40 ans. Pour nous, les élections sont assez courantes. Les années où nous n’allons pas aux urnes sont de plus en plus rares. Mais pour un pays qui n’a jamais connu d’autre régime politique que celui d’un chef imposé, quel bouleversement !
Cette semaine, zoom sur la république Démocratique du Congo. Essayons d’en savoir plus sur ce pays et ce que ces élections vont apporter.
En quelques chiffres, le Congo c’est :
78 fois le territoire de la Belgique,
11 régions,
157 000 km de routes (149 000 en Belgique),
62 millions d’habitants,
1/3 d’analphabètes,
50 ans d’espérance de vie.
Sécurité
Le territoire congolais est en guerre permanente depuis 10 ans. Des enfants sont enrôlés dans les groupes armées. Ces milices rebelles ainsi que les militaires congolais commettent des vols, des viols et autres exactions. Une armée de l’ONU, la MONUC a été déployée principalement dans l’Est du pays pour rétablir la sécurité. Cependant, les textes sur le rôle exact de cette armée sont flous : simple présence ? désarmements ? surveillance ? Les soldats ne parlent pas nécessairement français, le contact avec la population est donc difficile.
Santé
L’accès aux soins de santé est très restreint. On meurt de maladies telle que la diarrhée, ou le paludisme, disparu chez nous. Le Sida progresse notamment à cause des viols courants.
Economie
Le Congo est un pays riche en matières premières. Durant la colonisation, l’exportation des matières minières comme l’or ou le cuivre était à la base de l’économie. L’agriculture vivrière (destinée à nourrir la population) n’a pratiquement pas été investie. Aujourd’hui, il y a très peu d’agriculture à grande échelle, ni pour les habitants, ni pour l’exportation.
Infrastructures
La République Démocratique du Congo (RDC) ne possède quasiment plus d’infrastructure organisées, telles qu’on les connaît ici : routes, téléphone, réseau média, hôpitaux, écoles, banques, etc. Pas de transport de marchandise, pas de compte en banque pour recevoir son salaire, etc.
Politique
Jusqu’à présent, le pays était dirigé de façon imposée, sans système de majorité contre opposition, sans sanction électorale. Depuis l’indépendance en 1960, le transfert de pouvoir s’est effectué par coups d’état. La corruption est un fléau majeur dans la vie politique du Congo. La somme des salaires des hommes politiques est supérieure au budget global des soins de santé.
Et tout cela est en interaction, exemple :
Le manque d’infrastructures et la corruption font que les salaires ne sont pas payés. Les militaires pillent les villages, violent les femmes. Les familles fuient leur village et se retrouvent dans des camps. Les conditions sanitaires entraînent des maladies qui ne sont pas soignées. La population appauvrie ne dispose pas des moyens pour produire ou acheter ce dont elle a besoin.
La création d’un système démocratique est l’angle qui a été choisi pour entamer une « reconstruction » du pays. Les besoins primaires de la population doivent être remplis : nourriture, sécurité, soins de santé, etc. Ce n’est possible que dans un climat de paix.
Si ce système fonctionne, cela permettrait de travailler sur du long terme. Plus besoin de se battre, de rester armé pour garder le pouvoir. Si l’enjeu du pouvoir se joue aux urnes démocratiquement et périodiquement, l’énergie pourra être mise dans le développement des infrastructures, les familles pourront habiter leur village et l’investir sans risquer d’être volées et violentées.
En résultat des élections du 30 juillet, un président et 500 députés doivent êtres élus. Mais ces élections correspondent surtout à l’espoir d’un pouvoir stable avec une majorité, une opposition et des négociations sur la définition des priorités politiques : la santé, l’économie, l’éducation, les transports, etc.
Emilie Many
emany@cjc.be
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