
Stéphane Guillon et Didier Porte, deux humoristes de France Inter, radio nationale française, sont licenciés ce mercredi 23 juin. Ce fait, qui pourrait paraître anodin, remet peut-être en question la liberté d’expression humoristique. Ces deux chroniqueurs ont osé s’attaquer aux intouchables. Leur « insolence » méritait-elle cette mise à l’écart ou ont-ils simplement « frappé » sur les mauvaises personnes ?
Peut-on rire de tout et de tout le monde ?
Si je m’écoutais, je répondrais oui ! De tout et surtout de tout le monde. Pourtant certains sujets semblent être plus sensibles que d’autres. Et les personnalités publiques, les dirigeants d’entreprises, les peoples sont plus souvent touchées que d’autres, en fonction de leur notoriété ou des responsabilités qu’ils sont amenés à assumer.
Doivent-ils accepter cette surexposition médiatique ?
Ces personnalités, du fait de leur notoriété, peuvent être un exemple pour la population. Ceci justifie, pour moi, cette médiatisation accrue qui permet à chacun de nous de rester en alerte. Cela permet aussi d’être au courant des faits, qui ont pour la majorité une certaine influence sur notre quotidien. Je ne pense pas qu’il faille tout savoir. Cependant lorsqu’une décision nous concerne, il est bon d’en être informer. N’est-ce pas le rôle des personnes de médias, qu’elles soient humoristes ou non ?
Certains responsables politiques comprennent bien cette méditation. En effet leurs décisions sont passées à la loupe, et même parfois grandement critiquées. D’autres semblent vouloir éviter les critiques, en évinçant les journalistes ou chroniqueurs les plus incisifs.
Alors, pouvons-nous mettre une limite à leur liberté d’expression ? La privatisation de la presse ou l’influence de certaines figures politiques ont-elles un impact sur cette liberté ? La liberté journalistique voit-elle ses derniers jours arriver avec l’influence grandissante des actionnaires ? J’en ai bien peur !
En Italie, la situation se dégrade depuis que Silvio Berlusconi, le président du conseil italien, contrôle la quasi-totalité des médias nationaux. Sabrina Guzzanti (une comédienne devenue présentatrice) qui prenait souvent le président du conseil pour cible, avait vu son émission satirique suspendue de la RAI, chaîne nationale italienne, il y a quelques années. Silvio Berlusconi semblait ne pas apprécier cette mauvaise publicité.
Les chroniqueurs sacrifiés ?
Les deux humoristes français récemment licenciés de France Inter, Stéphane Guillon et Didier Porte ont-il, en France, servi d’exemple ? La raison officielle : l’instrumentalisation de l’antenne. Selon la direction, les deux chroniqueurs se seraient acharnés sur certains représentants politiques à des fins personnelles. Est-ce la seule raison de leur licenciement ? Permettez-moi d’en douter.
Le 12 mai 2009, Nicolas Sarkozy nomme personnellement Jean-Luc Hees à la tête de la radio. Depuis, un certain sursis plane dans les couloirs de la radio. Stéphane Guillon dit être soumis à une certaine pression. On lui aurait demandé de se tenir à l’écart. Ce qu’il n’a évidemment pas fait.
Déclin ou non de la liberté d’expression ?
J’ai le sentiment très dérangeant que la liberté d’expression voit ses fondements s’évaporer avec l’indépendance de certains médias. De fait, le sort des médias d’aujourd’hui sont soit dans les mains d’actionnaires (quand ils sont privés) soit des pouvoirs publics. Ce qui remet réellement en cause leur marge de liberté. Il pourrait se dire : « France Inter a eu raison de les licencier, ils ont mordu la main de ceux qui les nourrissaient » ! À ce rythme là, évitez de rire de votre boulanger !
Il est vrai qu’en Belgique, on ne parle pas encore d’une censure équivalente à celle présente en France. Pourtant, les licenciements de certains journalistes du Vif L’Express, en janvier 2009, nous rappelle à quel point les actionnaires influencent les décisions prises par certains médias !
Restons attentifs !
Nous avons la chance de vivre dans un pays où la liberté d’expression reste une idéologie partagée de tous. Cependant, personne n’est à l’abri ! Restons donc attentifs à cette liberté à laquelle nous tenons tant ! Dans le cas contraire, nous risquerions, au même titre que nos voisins, d’en être privée.
Parce que finalement ces licenciements envoient un message clair à l’ensemble du monde médiatique : « riez de tout mais surtout pas de ceux qui vous rémunèrent ! »Pourtant, les humoristes spécialisés en politique nous offrent un espace de critique nécessaire à notre rôle démocratique. Alors pourquoi s’en priver ?
Mireille Tsimangas
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