Les Versets égalitaires

Féminisme et islam, est-ce compatible ?

La Journée internationale de la femme est célébrée le 8 mars. Parmi les militantes de la cause féministe, de plus en plus de musulmanes puisent la justification de leurs revendications dans leur foi, une démarche qui va à contre-courant de l’image selon laquelle l’islam enfermerait les femmes dans leur rôle d’épouses soumises à leurs maris. Les prescriptions du Coran et les articles des Droits humains sont-ils conciliables ? Ces femmes peuvent-elles revendiquer des droits égalitaires en se référant aux écrits islamiques ? « La source des femmes », un film de Radu Mihaileanu en compétition officielle à Cannes en 2011, aborde ces questions avec intelligence.

« La source des femmes »

Actuellement en salle, « La source des femmes » [1] raconte l’histoire des femmes d’un village situé quelque part entre le l’Afrique du Nord et le Moyen Orient. Celles-ci entament une grève du sexe afin d’obtenir la participation des hommes à certaines tâches domestiques pénibles voire dangereuses. Elles remettent ainsi en cause les rôles assignés à chacun en fonction de son genre. Entre autres démarches, ces femmes se plongent dans le Coran pour y trouver les arguments de leurs revendications et discutent avec leur imam de versets coraniques qui établissent l’égalité et l’entraide mutuelle entre hommes et femmes.

Une mobilisation citoyenne et musulmane

Radu Mihaileanu met ainsi en lumière les principes qui conduisent ce féminisme porté par des musulmanes en terres d’islam mais aussi en Belgique. Ce mouvement soutient que l’islam donne aux femmes des droits bafoués par l’interprétation sexiste et le système patriarcal. Les militantes musulmanes de cette mobilisation considèrent l’islam en tant que doctrine d’égalité des genres, elles discutent le Texte sacré et en proposent leur interprétation. Elles défendent l’idée que les versets égalitaires du Coran sont les principes les plus élevés de l’Ecriture, supérieurs par exemple aux versets relatifs à la polygamie ou à la correction de l’épouse.

Un mouvement transnational étudié en Belgique

L’Université des femmes [2] a publié en 2011 « Les Féministes de l’Islam – De l’engagement religieux au féminisme islamique » [3], une étude menée par Leïla El Bachiri. Elle aide à comprendre l’émergence de ce mouvement aujourd’hui multiforme, constitué dans les luttes féministes laïques en Egypte, puis se segmentant pour exister dans la sphère des Frères musulmans. Le lecteur y découvre aussi son ancrage associatif à Bruxelles.

Féminisme et interculturalité

Le discours stéréotypé sur les femmes musulmanes, surtout si elles portent le voile, les décrit comme des individus oppressés par leur religion et occupant un rôle subalterne dans la société. Et cependant, pour déconstruire ce cliché, réalisons que dans nos universités, nos associations, nos pouvoirs politiques, des femmes exercent leur citoyenneté avec énergie tout en vivant leur foi musulmane, voire en portant le voile.
Suivre son propre chemin, en créer un nouveau qui associe la religion à sa condition de femme, c’est agir en citoyen, responsable, actif, critique. C’est bénéfique pour les femmes mais également pour les hommes. Ce combat permet de faire évoluer le regard de la société sur les femmes musulmanes.
Reconnaître le combat féministe de ces femmes qui l’accordent avec leur religion, c’est bénéficier d’un point de vue intéressant pour la promotion de l’égalité des sexes. Le féminisme à l’occidentale, laïque et universaliste, à tout intérêt à écouter et collaborer avec le féminisme des femmes musulmanes, et vice versa, pour ensemble transcender les oppositions stéréotypées « tradition » versus « modernité », « Occident » versus « Orient », « universaliste » versus « communautariste » afin d’atteindre la réalisation concrète des droits de toutes les femmes en Belgique et ailleurs.

Pax Christi Wallonie-Bruxelles
communication@paxchristiwb.be]





Illustrations
En haut : Portrait of Muslim Woman de bedharak
En bas : Violences, osons dire non ! de Simon Blackley