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Selon nous
Le port du voile
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2/06/2006

02/06/06

A l’athénée de Marchienne-au-Pont, comme dans d’autres écoles, la préfète a décidé d’interdire le port du voile. Cette décision suscite diverses réactions et une manifestation est organisée samedi à Charleroi pour « sensibiliser tout un chacun, toutes les consciences, musulmanes ou non ».
Le port du foulard est comme un mythe. Notre société y projette 10 000 significations pas souvent rationnelles ni objectives : « C’est un signe de non-intégration ». « Si on ne fait rien, ça va se répandre. » « Aucune femme ne peut porter ça par choix » « Ça ne respecte pas notre culture », etc. etc. Notre société qui prône l’ouverture et le respect des libertés se montre particulièrement intolérante envers cette situation.

Intégration - Contagion - Inégalité

L’intégration :A entendre certains propos, s’intégrer dans une culture particulière signifierait adopter les mêmes comportements que les « originaires » et se détacher de tous signes d’appartenance à sa propre culture. De façon caricaturale, imaginons un européen immigrant en Californie. Pour être intégrés, lui, ses enfants et petits enfants devraient manger sans couteau le nez dans son assiette et à très grande vitesse, se servir dans le frigo des gens, ne jamais débattre de sujets de société, aller voir un match de basket comme si c’était la sortie de l’année, chiquer la bouche ouverte, etc.
L’intégration ne signifie pas l’assimilation. Dans un processus d’intégration les deux cultures se rencontrent, se choquent, s’apprivoisent et risquent d’être modifiées. Peut-être avons-nous peur de faire évoluer la nôtre.

La contagion : Le foulard c’est comme la grippe. Si tu côtoies des filles qui le portent, tu finiras par le porter et puis, il n’y aura plus que ça. Il faut vacciner du foulard. Et pour les célèbres marques qui fabriquent leurs produits en Chine et nous martèlent de pub, il faut nous vacciner aussi. Est-ce plus respectueux de l’autre de porter une chemise à 100 euros fabriquée par un enfant ?

L’inégalité : Une femme qui porte le foulard est inférieure à l’homme. Mais, dans certains milieux, sans foulard, on est encore moins qu’une femme. Et ce n’est qu’en étant dans le système qu’on peut changer le système. Est-il cohérent de blâmer et juger ces femmes en se dépêchant de rentrer parce que son mari risque d’attendre le souper, en râlant parce qu’un homme ne nous laisse pas passer, ou en voulant absolument conduire parce qu’on est un homme.

Accueillir - Eduquer - Construire ensemble

Interdire le port du voile renforce ce qu’on essaie de combattre. Interdire, c’est discriminer une partie de la population, c’est tenter d’unifier les modes d’expressions, c’est sanctionner les éventuelles victimes, c’est rejeter plutôt que comprendre.

Des jeunes gothiques, des jeunes « cool », des jeunes staracadémisés, des jeunes fashion, des filles voilées, des anglo-saxons, des jeunes multipercés, des jeunes maigres et des jeunes obèses, ils sont tous dans nos écoles et font partie de la société. Tous avec leurs prédilections pour certaines activités, leurs difficultés dans d’autres, leurs croyances et leurs régimes alimentaires, leurs goûts musicaux et leur style vestimentaires, leur manière de transgresser et leur manière de respecter.

Plutôt que tenter de les uniformiser, soyons avec eux. Profitons de ce qui pose question pour construire ensemble de nouvelles manières d’être. Profitons des conflits pour interroger les valeurs et les idéaux. Profitons de tous les micro-événements pour analyser globalement la société dans laquelle on est et la société qu’on veut. Et on la construit au jour le jour ici et maintenant.

Terminons par une énigme :
Je m’appelle Leïla, je porte un attribut sur la tète. La pression familiale m’a obligé de le mettre. Mon amie en a un aussi, c’est son choix. Certaines personnes trouvent ça beau, d’autres trouvent que c’est dépassé. C’est une tradition pour nous, une question de respect. Qu’est ce que c’est ?
Un foulard, signe de la religion musulmane ? Peut-être. Un voile de mariée ? Pourquoi pas ?

Dans une carte blanche publiée dans la Libre Belgique en octobre 2005, le CJC se positionnait déjà sur cette question. (lire l’article)

Emilie Many
emany@cjc.be

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