Le machisme ne paie pas

Depuis son retour au pouvoir en 2008, Silvio Berlusconi a réussi à surmonter une série de scandales sexuels. Le Cavaliere n’a guère l’air de s’émouvoir des passions que son attitude engendre. Un détachement qui scandalise l’Italie, et qui pose question quant à la liberté de ton que s’octroie le représentant officiel de la Botte.

La liste des frasques de Berlusconi avec les représentantes de la gente féminine a fait couler suffisamment d’encre pour noyer le président du Conseil italien dans un jacuzzi. Mais la dernière affaire semble être celle de trop.

De quoi le Cavaliere est-il soupçonné ? D’avoir eu des relations sexuelles rémunérées avec Ruby, une jeune mineure marocaine lors de fêtes organisées dans sa villa près de Milan et d’être intervenu auprès de la police de Milan pour la faire relâcher dans la nuit du 27 au 28 mai 2010 après son interpellation pour vol. Cette dernière dément toute relation sexuelle mais explique, en revanche, qu’il l’a aidée et lui a fait des cadeaux, argent et bijoux.

La popularité du Cavaliere a jusqu’ici survécu à ces affaires. Pourtant, le « Ruby Gate » pour laquelle le parquet de Milan vient de demander son jugement immédiat pour prostitution de mineure et abus de fonction pourrait bien inverser la vapeur. En effet, Cristina Di Censo, la juge chargée de l’affaire, a décidé d’accélérer la procédure et de fixer la première audience au 6 avril prochain.

La goutte d’eau ?

D’ailleurs, selon un sondage d’opinion Ipsos publié cette semaine, 79 % des Italiens estiment que Berlusconi devrait s’expliquer devant la justice. Cela est sans doute lié au fait qu’une grande partie de la population italienne en a désormais ras-le-bol de ses frasques sexuelles.

Ainsi, fin janvier, les partis de l’opposition ont fait savoir que la position de Berlusconi était intenable tandis que le Vatican a estimé que les hommes politiques devaient faire preuve d’une « solide moralité » et avoir un « comportement exemplaire » dans leur vie privée.

Puis, ce 13 février, veille de Saint-Valentin, des centaines de milliers d’Italiennes sont descendues dans les rues, dans 230 villes – dont Naples, Palerme, Milan, Venise et Rome- pour manifester en faveur de la dignité des femmes.



Celles-ci ne supportent plus d’être réduites, dans cette Italie berlusconienne, à une marchandise sexuelle. Elles dénoncent le fait que Berlusconi ait introduit la sexualité dans la politique. A Rome, lieu de la manifestation principale, la Piazza del Popolo, était noire de monde dimanche. Un rassemblement festif, mené par plusieurs personnalités italiennes, que des hommes et des familles entières ont également rallié.

Cette manifestation de grande envergure affiche au grand jour l’exaspération d’une partie du peuple italien quant au comportement du chef du pays. Malgré ses nombreux démélés avec la justice, Silvio Berlusconi n’a jamais été condamné définitivement. Il est actuellement mêlé dans deux nouveaux procès, l’un pour corruption de témoin (Mills) et l’autre pour fraude fiscale dans l’acquisition de droits de retransmission télévisée (Mediaset) ainsi que de poursuites pour abus de confiance (Mediatrade). Les trois dossiers ont été suspendus en avril 2010 après le vote d’une loi lui accordant l’immunité pénale pendant 18 mois. La fin d’une ère ?

Bénédicte Bragard
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Laetitia Vignaud
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