
L’image à fait un buzz sur Internet, c’était dans tous les journaux, à toutes les télévisions, sur toutes les radios : Silvio Berlusconi a été frappé au visage par jet de statuette. L’événement s’est déroulé à la fin d’un meeting électoral à Milan et lui a occasionné une fracture du nez, deux dents cassées et un séjour à l’hôpital.
Le Cavaliere sortait d’un meeting où il s’en était pris à la gauche, aux médias et aux « juges politisés ». Il avait notamment dit : « La gauche veut faire de moi un monstre. Mais je ne suis pas un monstre parce que je suis beau et que je suis un bon garçon ».
Ce jet de statuette rappel un autre jet d’objet sur un politicien. Le non moins célèbre lancé de chaussure d’un journaliste irakien, que Georges W. Bush avait esquivé lors d’une conférence de presse. Il rappel aussi le non moins fameux jet de tarte à la crème du Gloupier entarteur qui entarte les personnalités tenant des propos absurdes. Le geste fait sourire, d’autant plus qu’il touche à des personnalités contestables et contestées.
Un symbolique forte
Ainsi le rituel du lancer de chaussure a été repris dans le monde comme symbole de la lutte contre l’oppression. Puis, plus largement, comme acte symbolique de protestation. Ainsi à côté de la traditionnelle mise à feu de drapeau, les organisateurs de manifestation ajoutent une nouvelle attraction : une photo qui sert de cible où les manifestants sont invités à jeter une chaussure. Il en va de même pour la statuette de Berlusconi, elle a été reproduite et est vendue dans les boutiques souvenir comme réplique du projectile ayant atteint le chef d’Etat Italien.
Un jet d’objet qui pose question
Mais ces événements ne sont pas que ludiques, ils posent aussi la question de la liberté d’expression : un homme ou une femme peuvent-ils être frappés à cause des idées qu’ils défendent ? N’y a-t-il pas d’autres moyens de faire passer ses idées ou son mécontentement que par la violence physique ? N’arrive-t-on pas là à une limite de la démocratie représentative ?
Il n’y a évidemment pas de réponses toutes faites à ces questions. D’un point de vue conceptuel, on a difficile à imaginer qu’une personne peut se faire frapper pour ses idées. Pourtant c’est ce qu’il se passe quand une femme est condamnée au fouet pour avoir porté le pantalon. C’est aussi ce qu’il se passe lorsque des journalistes ou des politiciens sont jetés en prison pour les idées qu’ils défendent où les informations qu’ils communiquent. Ici la violence est tout autant physique que symbolique.
Alors sourions devant les lanceurs d’objets hétéroclites mais rappelons-nous que pas loin se cache aussi une liberté fondamentale : la liberté d’expression. Et si l’envie vous prend de jeter un objet sur quelqu’un pour faire passer un message, pourquoi ne pas plutôt se tourner vers la plume ou le clavier ?
Christophe Cocu
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