
La crise financière est temporairement calmée. Voici venu le temps de la chasse aux fautifs, qui ne risqueront de toute manière pas grand chose. L’important, on nous dit, est de « rassurer les marchés ». Nous avons commencé à t’en parler la semaine passée, voici la suite de la ballade…
La Confiance. On n’entend plus que ça dans les médias à chaque fois qu’ils parlent de la crise bancaire. Et par dessus tout, il faut « rassurer les marchés ». Le marché serait-il donc un petit être craintif dont il faudrait prendre soin ?
Il y a effectivement un bidule dont on a pas eu le temps de te parler la semaine passé : le marché. Pas celui de la place communale avec ses légumes et ses fromages bien réels. Non, celui qui obsède les médias, c’est le marché financier, avec ses milliards d’euros virtuels qui passent de mains en mains en permanence – et en une fraction de seconde.
Bon, c’est quoi un marché ? C’est un dispositif d’échange. Je te donne ceci, tu me donnes cela. Souvent l’un des deux donne de l’argent et reçoit autre chose en retour. Trois euros contre un kilo de pommes. C’est plutôt bien de pouvoir échanger de la sorte, surtout pour ceux qui n’ont pas de pommier…
Le marché financier, lui, est moins gastronomique. On y échange des titres, des actions, des obligations, des notes de crédit… Tout ce qu’on appelle des produits financiers. On peut même y échanger de l’argent contre de l’argent (des dollars contre des euros par exemple).
La bourse (dont on a parlé la semaine passée) est un des endroits où s’opèrent ce genre d’échanges. Acheter une action, c’est en fait prêter des sous à une société commerciale ou financière. Si cette société fait ensuite des bénéfices, elle peut en redistribuer une part aux actionnaires, ceux qui possèdent des actions. Cela s’appelle des dividendes. De plus, si le prix des actions augmente, on peut les revendre et faire ainsi un autre profit. Si le prix augmente… Parce qu’il y a toujours un risque qu’il descende, voire s’écroule. Certains échanges financiers sont bien plus risqués que d’autres, mais peuvent rapporter bien plus gros. En passant, les banques achètent beaucoup d’actions avec l’argent qui leur est confié…
Bon, mais pourquoi faut-il absolument le « rassurer » et lui « faire confiance », au marché ?
Parce que les prix, et particulièrement les valeurs boursières, ne sont que pure psychologie. Les pommes n’ont pas l’air bonnes ? Deux euros le kilo, pas plus… De même, si on a plus confiance en une société, on a plus envie d’y mettre ses sous. Sauf qu’une pomme, on peut encore la goûter. Mais estimer si une société fonctionne bien, ça peut vite devenir très compliqué. En fait, presque impossible. Dès lors, ça devient une question de confiance, voire d’instinct.
D’ailleurs l’argent, ça n’est que ça : de la confiance. Un billet de 20 euros ne vaut 20 euros que dans la mesure ou quelqu’un acceptera de l’échanger pour quelque chose qu’il estimera valoir 20 euros. Et dans l’espoir qu’il pourra ensuite échanger ce billet à son tour. Avant, les pièces de monnaie étaient en or ou en argent, et avaient donc une valeur en elle-même, en temps qu’objet en métal précieux. Plus maintenant. Vraiment plus.
Quand le dernier arbre sera mort, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors seulement nous réaliserons que l’argent ne se mange pas.
- Proverbe amérindien
Benoît Lambo
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