Le décret « Inscriptions » : liberté, individualité ou égalité ?

Cette semaine, c’était la rentrée pour quelque 47 000 élèves de première secondaire. Pourtant, selon les derniers chiffres du CIRI [1] , 236 d’entre eux sont encore en attente d’une place dans l’établissement de leur choix en Fédération Wallonie-Bruxelles. D’ici quelques jours, si des places ne se libèrent pas, ces élèves seront contraints de s’inscrire dans une école qu’ils n’ont pas choisie. La faute à qui ? Au décret « Inscriptions » troisième génération instauré par la ministre Marie-Dominique Simonet (actuellement remplacée par Marie-Martine Schyns). Cette situation ravive la polémique autour de la liberté du choix de l’enseignement si cher à notre constitution (art. 24)... Liberté et égalité faut-il vraiment choisir ?

Un décret discutable

L’objectif initial de ce texte est de renforcer l’égalité, de favoriser la mixité et de réguler l’engorgement des structures scolaires particulièrement prisées. Bien que son intention soit louable, c’est au niveau des critères de sélection des inscriptions que le bât blesse. Sur la base d’informations telles que la distance domicile-école, l’immersion linguistique, les partenariats pédagogiques école primaire-secondaire... chaque enfant reçoit un indice composite. Une fois les indices calculés, les écoles sélectionnent les inscrits selon un ordre très précis : les élèves provenant d’écoles à indice socio-économique faible (20,4% au minimum), présence de fratries dans l’Établissement, les personnes en situation précaire, les personnes à besoins spécifiques, etc.

Des écoles et des élèves complètement interchangeables ?

Le problème se situe au niveau des spécificités individuelles et pédagogiques des établissements puisque le décret ne prend pas en considération ces paramètres. Cela revient à considérer que tous les enfants sont identiques et que toutes les implantations mettent en place les mêmes méthodes d’apprentissage. Or, ce n’est pas le cas dans la réalité. D’ailleurs, cette conception s’oppose aux recherches pédagogiques actuelles. Celles-ci démontrent l’importance d’adapter les approches pédagogiques aux besoins spécifiques des jeunes pour maximiser la réussite et éviter le décrochage. Ce décret visant l’égalité en favorisant la mixité est donc quelque peu contradictoire puisqu’il laisse de côté « la mixité » pédagogique et individuelle.

Quand altérité rime avec égalité...

Le décret fait le pari que l’altérité est une richesse et une source d’apprentissages au service de l’égalité. Toutefois, la mixité ne se borne pas à de simples classes culturelles et sociales, elle est bien plus que ça. Le décret semble perdre de vue l’Humain et la liberté de choix au nom d’une certaine vision de l’égalité. Si nous voulons faire de la mixité un réel vecteur d’égalité des chances, nous devons la considérer dans un sens beaucoup plus large.
En tant qu’humain, nous avons aussi chacun une voix pour choisir notre voie. Pouvoir être reconnu et s’affirmer dans ses différences individuelles et s’enrichir de celles de l’autre, n’est-ce pas ça aussi l’égalité ?

Guillaume Hannecart
Coordinateur de formations et animateur pédagogique
guillaume.hannecart@resonanceasbl.be</P

[1Commission interréseaux des inscriptions