
Il y a 20 ans, on découvrait le trou dans la couche d’ozone, de grands spécialistes nous parlaient des « dangers » de la pollution pour la planète et je passais pour une originale parce que ma mère éteignait le moteur quand elle arrêtait sa voiture plus de 30 secondes.
Aujourd’hui, même mon père a compris qu’il devait arrêter de jeter ses mégots par la fenêtre et qu’il fallait trier ses déchets. Les dérèglements climatiques sont dans toutes les conversations, dans toutes les éditions de la presse, dans tous les programmes politiques... Elio, Joëlle, Al Gore, Disney, Cameron Diaz... Tout le monde se préoccupe du sort de la terre. C’est devenu super sexy !
Pourquoi avons nous attendus si longtemps pour être conscientisés et pour changer un tant soit peu nos habitudes de vie ? Parce qu’avant, ce n’était pas dans le vent et que... écouter des grands experts, les croire et être le seul à agir autrement que les autres demandent des démarches intellectuelles, affectives et comportementales que nous n’avons pas souvent envie d’entreprendre.
Dans les années 90, cette thématique était portée par des scientifiques. Rien que ce mot donne directement l’image vieux rats de laboratoires lunetteux et obnubilés par leurs recherches. Nous n’avions ni envie de leur ressembler, ni envie d’en être amoureux.
En plus, ils expliquaient des théories, qui allaient à l’encontre de nos connaissances. Et comme l’a si bien montré Festinger, lorsqu’un message vient mettre en doute nos croyances, nous avons souvent tendance à le décrédibiliser ou à l’éliminer. Il a donc fallu attendre que les grands experts deviennent des stars ou des gens en qui on avait confiance pour accorder de la légitimité à ces propos.
D’autant que jusqu’il y a peu, nous n’avions pas beaucoup de signes quant à la véracité des risques des changements climatiques. Nous n’avions pas de preuve. Aujourd’hui, les pâquerettes poussent chez nous en janvier alors qu’il gèle en Californie. Les catastrophes naturelles semblent plus importantes qu’avant et tuent des milliers de personnes. Comme les théories sont à présent communément admises, nous attribuons tout ce qui nous semblent « climatiquement » bizarre à l’effet de l’homme sur la planète. On a des preuves. Donc, on est « obligé » d’agir.
En plus, nous ne sommes pas seul. Utiliser des énergies renouvelables, polluer moins, prendre les transports publics est devenu coutumier. Restreindre son petit confort personnel pour l’intérêt de l’humanité semble de plus en plus normal et celui qui ne fait pas d’effort est montré du doigt. La norme tend à changer de camp. Chacun, dans sa famille, avec ses amis, ses « pairs » tient a toujours manifester son appartenance au groupe. Et pour cela, rien de mieux que de se comporter comme les autres.
Et voilà, il a fallu 20 ans pour que se combinent les éléments nécessaires à un changement de mentalités et de comportements. Les discours sur les modifications climatiques paraissent maintenant vrais et légitimes. Nous en voyons les signes autour de nous. Nos proches partagent ces préoccupations et agissent en fonction. Même s’il ne fait pas encore tout à fait l’unanimité dans nos gestes quotidiens et dans le modèle économique de notre société, tout se rassemble pour que ce sujet soit à la fois médiatique, politique et au centre de nos conversations.
Dans 20 ans, tout le monde consommera « Fair trade » et s’habiller pas cher d’une marque qui exploite ses ouvriers sera sûrement « hors norme ». On va attendre si longtemps...
Pour aller plus loin :
http://www.lesgestessimples.com/
http://www.defipourlaterre.org/
Emilie Many
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