Le Monde Incroyable de Gumball. Simple comme un dessin animé !

A l’heure où certains médias jouent dangereusement avec nos pulsions communautaristes, où les intellectuels de niche s’écoutent dénigrer la télévision, où le vieux débat sur l’assuétude aux écrans connaît un énième rebondissement théorique, des créateurs de talents continuent à proposer des bombes télévisuelles pour petits et grands abordant des thématiques actuelles avec légèreté, créativité et positivisme.
Le Monde Incroyable de Gumball en est clairement une !

Cette série d’animation irlando-américano-britannique raconte, depuis 2011, l’histoire d’une famille de banlieue ordinaire vivant dans une ville extraordinaire, nommée Elmore. L’histoire est centrée sur la famille de Gumball Watterson, un chat bleu optimiste et enthousiaste qui a le don de se mettre dans des situations aussi stupides que chaotiques.

La créativité pour combattre les clichés
Graphiquement, dans un décor réaliste composé de photos prises aux quatre coins des États-Unis, les protagonistes créés à partir d’une multitude de techniques d’animation intensifient cette impression de joyeux chaos où tout est possible, y compris le vivre ensemble.

Entre Gumball, le chat bleu anthropomorphe dont le papa et la petite sœur sont des lapins, et Darwin son meilleur ami - un poisson rouge - qui a des jambes et des poumons, et Joe la Banane une véritable banane, Tina Rex la figurine tyrannosaure qui tyrannise Elmore, en passant par Clayton fait de pâte à modeler, Jamie la fille en 3D, Ocho l’araignée 8 bit, Susie - un vrai visage humain à l’envers - et Rocky la marionnette, pour ne citer qu’eux, les différences sont tellement exacerbées qu’elles échappent à tout débat, catégorisation ou stigmatisation. A Elmore, l’acceptation de l’autre dans sa différence est un postulat de base et non une variable.

Par contre, les spécificités de chacun sont régulièrement utilisées comme prétexte narratif et sujet à catastrophe avant d’être valorisées en fin d’épisode telles que l’absence d’humanité de Bobert le robot (S1E19) ou le mode de vie d’Idaho la pomme de terre (S2E17) en passant par la fracture linguistique entre Juke, le ghettoblaster et le reste d’Elmore (S2E34).

Le second degré pour déconstruire les clichés
Les scénaristes du Monde Incroyable de Gumball déconstruisent les clichés en les poussant à l’extrême avec humour et second degré.

Par exemple, Nicole, la mère de Gumball est une battante qui travaille dur, et Richard, son père, est au chômage. Ils vivent à cinq dans une banlieue de la classe moyenne des État-Unis. Jusque là difficile de faire plus stéréotypé. Quand Richard trouve un travail, le monde d’Elmore se trouve complètement déséquilibré au point qu’il est impératif de le pousser à la faute grave pour qu’il retrouve son oisiveté (S2E8).

De cette manière, des thématiques « sérieuses » (comme l’amour, le travail, la loi, le genre, l’autorité, l’amitié, la propreté, la mort, le mensonge, la parentalité, les réseaux sociaux, la sécurité, etc.) sont traitées avec beaucoup d’absurdité, pour au final ne délivrer aucun message bien-pensant évident.

Regarder un épisode de Gumball s’apparente à vivre une expérience déjantée où tout et son contraire ont valeur d’explication. La substance résiduelle d’un épisode n’est que répliques, scènes et interrogations.

De l’éducation aux médias l’air de rien

Cette série d’animation est une véritable critique des médias stratifiée et subtile.

Dans les thématiques, la strate la plus simple, s’il est régulièrement question d’Internet (S3E37) et des réseaux sociaux (S2E30), le Youtubing (S4E15), les bandes dessinées (S4E13) ou encore la vidéo (S2E35), des notions plus précises de cinéma, tels que les figurants (S2E39), ne sont pas pour autant épargnées.

Stylistiquement, les parents cinéphiles pourront aussi s’amuser à reconnaître des films célèbres en filigrane de différents scénarii tels que Usual Suspect et Interstellar (S2E1) ou même des genres de films comme, par exemple, les films d’horreur et les dessins animés des 90’s (S2E36) pour ne citer qu’eux. Un second niveau de lecture qui assure les grâces des parents et permet une consommation transgénérationnelle. Partage et plaisir !

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, n’hésitez pas à jeter un œil sur ce programme. Vous ne risquez qu’une épilepsie des neurones et des zygomatiques.
... Gumball c’est formidable !

Johnathan Manzitto
Action Ciné Médias Jeunes
johnathan.manzitto@acmj.be