La religion, une affaire de valeurs ?

Lors d’un recensement en Tchéquie au printemps 2011, 15 070 personnes ont répondu appartenir à la religion… des Jedi de la Saga Star Wars ! Les geek seraient-ils plus nombreux qu’on le pense ? George Lucas se serait-il basé sur une religion existante pour fonder celle des héros de ses films ?
Cette réponse particulière lors d’un recensement officiel à de quoi nous interpeller. Qu’est-ce qui pousse ces tchèques à s’identifier à cette religion imaginaire tirée de la saga Star Wars plutôt qu’à une religion officielle ?

Contrairement à ce qu’en pensent certains, ce ne sont pas les dons de télékinésie ou la capacité de persuasion qui les intéresse, mais les valeurs véhiculées par les sages Chevaliers Jedi. Ce n’est donc pas la forme, mais le fond qui les attire.

Or ces valeurs sont les mêmes que celles du christianisme : paix, respect des autres, maîtrise des sentiments, non-violence, survie personnelle après la mort. Certains enseignements de Yoda, maître Jedi, sont d’ailleurs proches de ceux de la Bible. Il décrit le « Côté Obscur » comme plus facile, plus rapide, plus séduisant. La colère et la peur y mène.

A la recherche de sens ?

Il semble donc que la religion ne réponde plus aux enjeux de la société, ne donne pas de réponse adéquate aux questions de ceux qui cherchent à trouver un sens à leur vie. Les institutions religieuses s’enferment dans leur tour d’Ivoire. De là, elles délivrent des messages qui ne sont pas compris ou qui semblent décalés pour ceux à qui ils s’adressent.

A l’opposé, les Jedi sont sur le terrain, intégrés à la vie et au fonctionnement de la société dans laquelle ils vivent. Comme l’étaient les prêtres il y a quelques années ? La fiction nous propose en tout cas des personnages réalistes qui partagent notre vécu quotidien, nos problèmes et nos angoisses.

De plus, ce chiffre de 15.000 personnes, dont l’importance non négligeable s’explique en partie par un mouvement initié sur les réseaux sociaux au moment du recensement, n’est que la partie immergée de l’iceberg. Plus de 700.000 personnes se sont déclarées croyantes, mais ne se sentir appartenir à aucune organisation religieuse.

La problématique est ici clairement exprimée : les religions officielles ne rencontrent pas les croyances de ceux qui recherchent une spiritualité. Où trouvent- ils alors leur point de repère ?
En termes de valeurs, la littérature et le cinéma nous offrent des références parlantes, dans lesquelles nous pouvons nous identifier.

Ce qui distingue le Super-Héros du Super-Méchant, ce sont les valeurs !

La manière dont ils ont acquis leurs pouvoirs est fréquemment similaire : accident, mutations génétiques, exposition à des substances ou rayonnements, ….
Mais les Héros ont reçu, par leur éducation, des valeurs qui les amène à suivre un code de conduite chevaleresque, comme protéger les plus faibles, faire régner la justice, voire sauver le monde.
Tandis que les Méchants vouent leur vie à la vengeance et la destruction par manque de raison de vivre, de compassion, de compréhension du monde qui les entoure. S’il ne faut retenir qu’une phrase, c’est celle de l’oncle de Peter Parker, alias Spiderman : « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités ».
Ce genre de valeurs positives inculquées aux ‘gentils’ et que n’ont pas reçues les ‘méchants’ permettent aux premiers de développer une morale très forte qui leur donne une véritable conduite de vie... et en font des héros. A l’opposé, les méchants poursuivent des buts égoïstes et individuels, quand ce ne sont pas des buts liés au chaos et à l’anarchie.


Des valeurs qui nous guident

Les personnages de fiction nous donne donc des exemples de valeurs qui nous permettent de grandir, de nous construire de faire des choix en regard d’un modèle de conduite positive, ou par opposition à un modèle négatif. Il est interpellant que ces repères que l’on pouvait auparavant trouver dans la religion le sont aujourd’hui dans la fiction, qu’elle soit écrite ou visuelle. La recherche de sens et de repères mène à puiser dans un imaginaire commun.

Le choix de la religion, comme beaucoup d’autres, est donc à poser en connaissance de cause ! Sachons être critique et informons nous avant de foncer tête baissée dans l’adoption d’une croyance dont les valeurs de base sont floues ou obscures. C’est peut-être ce qui distingue le croyant du fanatique : le croyant adopte une religion en accord avec ses valeurs, alors que le fanatique suit les préceptes d’une religion et en adopte les valeurs sans prendre de recul.

Soyons des héros du quotidien en faisant les choix qui nous mène du bon côté de la Force, heu... de la vie !

Cédric De Longueville
Permanent pédagogique –Resonance ASBL
cedric.delongueville@resonanceasbl.be