La religion au travail : comment concilier les aspirations de chacun ?

Selon un sondage publié en première page du journal Le Soir en avril 2012, 79 % des Belges considèreraient que les religions n’ont pas leur place sur le lieu du travail. Or, la Déclaration universelle des droits de l’Homme affirme sans ambiguïté que toute personne a le droit d’exprimer sa religion ou ses convictions, de manière individuelle ou collective, en public ou en privé. Le travail n’échappe pas à cette règle. Un malaise peut survenir de cet écart entre cette règle, une opinion publique défavorable, et la réalité de terrain. Et plus qu’un malaise, c’est la discrimination des travailleurs croyants qui est en jeu.

Quelles sont les représentations, valeurs, idéaux en jeu qui légitiment pour les sondés leur refus du port du voile mais leur permet de tolérer la nourriture halal ? Quelle est la position des travailleurs de confession musulmane ?

Le sondage publié par le Soir nous le démontre sans peine. Le malaise autour de l’Islam est fort en Belgique. « À peine un quart des sondés juge acceptable la présence de symboles explicitement religieux tels que des foulards et autres attributs vestimentaires. » (…) « En revanche, la disponibilité de préparations alimentaires respectant les interdits religieux est largement tolérée : 56 % des répondants n’ont rien contre. » Le cas de conscience en Belgique semble être le suivant. Doit-on respecter la liberté de conviction et de religion au risque d’offrir un boulevard aux zélateurs d’un Islam perçu par de nombreux concitoyens comme agressif et incompatible avec la démocratie et le respect de l’égalité des sexes ? Doit-on au contraire promouvoir une laïcité combative qui exclut la religion de l’espace public, et donc du travail, et la cantonne à l’unique sphère privée au risque cette fois-ci de porter atteinte aux libertés individuelles qui sont justement au cœur de cette démocratie ?

Dans ce contexte, le voile est devenu le symbole absolu. Pour certains, il est une des concrétisations du droit à la différence et à la liberté de conviction, mais pour d’autres il est l’emblème de la soumission de la femme, de l’archaïsme d’une religion contraire en tout point aux valeurs occidentales. Cette façon de poser les termes du débat, on le voit, est malheureusement trop manichéenne. Elle oppose irrémédiablement les musulmans aux autres. La réalité est autrement plus nuancée.

Les recherches démontrent en effet que les musulmans sont loin de vouloir imposer leurs pratiques religieuses (les prières quotidiennes, le voile, les règles alimentaires, le jeune du Ramadan, les fêtes qui demandent congés et les contacts hommes-femmes) et réagissent de façon très différentes par rapport celles-ci. Pour certains, ces pratiques sont importantes, y compris au travail ; pour d’autres au contraire, elles n’y ont aucune place. En l’absence de dialogue, les tensions sont inévitables.

Le milieu professionnel dispose pourtant d’un avantage : il s’oriente par nature vers des solutions pragmatiques sans s’embourber dans un débat théologique ou un conflit idéologique. N’en reste pas moins qu’une telle atmosphère a des conséquences quotidiennes. Au-delà du sondage évoqué, ce sont des milliers de travailleurs musulmans qui font chaque jour les frais du cas de conscience des Belges. En l’absence d’un message politique fort, les chefs d’entreprises sont amenés à prendre des décisions en leur âme et conscience, pour le meilleur comme pour le pire …

Il faut donc aller plus loin que le simple rappel de la Constitution qui permet une certaine expression de la religion au travail et plus loin que la publication de sondages qui la réprouve. Il faut dialoguer et faire des choix en s’appuyant sur les réalités quotidiennes des travailleurs.


Pax Christi