La qualité de vie au travail et si nos relations y jouaient un rôle primordial

Comme le dit Bénabar "Ca nous encombre, on y pense, on rumine… Et dans le nombre des sujets qui nous minent, beaucoup sont déjà périmés". Le burn-out, le fait de se consumer au travail, serait lié à notre relation avec les autres et non pas à notre charge de travail. Une révélation qui donne une autre dimension à cette maladie professionnelle reconnue par les autorités politiques.

Dernièrement un article circulant sur Facebook titrait "Bien-être au travail : votre fatigue n’est pas liée à ce que vous faites, mais à ce que vous ne dites pas" [1]. Interpellant... Plusieurs études sur le sujet ont conclu que la qualité de vie au travail est conditionnée presque exclusivement par la qualité des relations au travail, et quasiment pas par son cadre matériel ou les tâches à réaliser.

Cultiver le bien être par le travail une utopie ? [2]

La conférence sur le bien-être était introduite par Fabien DELOCHE fondateur de la Chaire du Management durable à l’Université de Savoie. Selon lui, la santé au travail dépasse « l’absence de maladie ». Cela consiste aussi à être heureux au travail. Pour cela,, il faut pouvoir agir, et agir dans un domaine qui fait sens pour soi. A ceci s’ajoute qu’il faut savoir où l’on va : pouvoir donner du sens à ses actions, se donner des défis… Quand ces différents éléments sont rencontrés, on peut alors parler de bien-être et donc d’une « bonne santé » des travailleurs.
L’Homme est comme un tournesol, et aura naturellement tendance à s’orienter vers ce qui va bien, vers le soleil. L’idée défendue ici est de se fixer sur ce qui fonctionne bien afin de trouver les moyens que cela fonctionne encore mieux. A l’inverse, se tourner vers ce qui ne fonctionne pas et s’atteler à en trouver les raisons ne ferait vraisemblablement pas avancer le problème ; le travailleur aurait alors tendance à s’enfermer dans un cercle vicieux dont il aurait grand peine à sortir.

Le courage de s’engager

Faire le choix du bien-être au travail demande du courage. Tout d’abord, du côté du travailleur qui doit parvenir à fixer ses limites, accepter mais également savoir dire non, prendre ses responsabilités… On ne peut se contenter de mettre son bien-être entre les mains du patron ; il est nécessaire de se rendre compte qu’une large part de responsabilité nous incombe dans les relations avec les autres. Il est essentiel d’être conscient de ses besoins et valeurs ainsi que de tout ce qui compose notre écologie personnelle. Il est important d’être à l’écoute de soi et de savoir parler avec les autres.

Pour le manager, cela signifie avoir le courage d’adopter une nouvelle culture managériale qui alliera le bien-être et la production de performance. Car ces deux éléments sont extrêmes liés comme le montre cette enquête [3] menée par l’Anact-Aract [4].En effet, un travailleur qui se sentira bien dans son lieu de travail - qui aura l’occasion de s’exprimer, de donner son avis, verra des changements, des améliorations concrètes et se sentira écouté - aura donc à cœur de s’engager dans le travail. L’enquête a notamment démontré que la volonté des travailleurs était de disposer d’espaces de discussion afin de faire évoluer leur travail dans une perspective de progrès et d’avenir.

Pour Fabien Deloche, au départ, toutes les organisations visent le bien-être de l’humanité à travers le développement durable [5]. Mais le vrai sens du développement durable réside dans le fait de contribuer au bien-être et à l’épanouissement des individus. Si pour atteindre ce bien-être, il faut passer par une souffrance, le processus n’a pas de sens. Le management durable considère donc le bien-être à la fois comme un but et comme un moyen de la performance. En d’autres termes, les gens heureux produisent mieux.

Un secteur porté par des valeurs fortes

En effet, au sein des organisations de jeunesse, les actions sont guidées par des valeurs fortes qui donnent sens aux actions. Il faut pouvoir rester en accord avec celles-ci à tous les niveaux de la structure, du responsable à l’animé. Dans cette optique, il est important de prendre le temps d’être à l’écoute de ses besoins, pour être en accord avec ses valeurs et transmettre aux jeunes de bons outils pour les accompagner dans leur vie.

L’expérience des organisations de jeunesse peut également inspirer d’autres organisations issues du monde marchand. Le recours au jeu, aux pédagogies actives, induit le développement d’un management souvent plus « participatif » qui permet de donner du sens aux actions et d’impliquer la personne, plus avant, dans son travail.

En guise de conclusion, la citation d’Edgard Morin fait tout à fait sens : "Aménageons dans notre présent des oasis de convivialité pour nous protéger du déferlement des vagues géantes de l’économie techno bureaucratisée, du calcul aveugle à l’humain, qui nous transforme en objets, de la compétitivité, de la rationalisation, de la marchandisation, du profit qui ont envahi toutes les ramifications de notre société ».

Débora Ghislain
Permanente pédagogique - Résonance asbl
debora.ghislain@resonanceasbl.be

[2http://www.ifore.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/confBE190313.pdf Conférence Le bien-être par le travail : une utopie ? Comment concilier performance et plaisir autour de nos manières de travailler ensemble - 19 mars 2013 - 9-

[4Le réseau Anact-Aract se compose de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), établissement public administratif, sous tutelle du ministère du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social et d’un réseau de 26 associations régionales pour l’amélioration des conditions de travail (Aract).