
On a assisté cette semaine, à la fuite du Président Ben Ali de Tunisie avec sa famille et ses richesses alors que Tunis brûlait sous la révolte des citoyens face à l’armée ! Si la presse s’interroge sur l’endroit où a bien pu se réfugier le chef d’état et sur l’avenir du pays, je vous propose de nous arrêter sur ce comportement et ses conséquences.
Des exemples de fuite d’hommes d’Etat, l’histoire nous en offre une multitude. Citons simplement : Louis XVI qui fuit la Révolution française en 1791 ; Plus proche de nous, Amin Dada en Ouganda qui fuit Kampala en 1979 ; Ceauşescu, en Roumanie, qui prend la fuite avec son épouse en 1989, en prenant en otage son pilote d’hélicoptère ; Sadam Hussein, en Irak qui fuit le pays après le renversement du régime par les Etats-Unis en 2003.
Premier constat, si l’on considère ces exemples : il s’agit à chaque fois de dirigeants omnipotents qui ont fui face à la crise, et ont tous fini par se faire assassiner.
Les caractères chinois qui composent le mot « crise » signifient à la fois « danger » et « opportunité ».
C’est-à-dire que, selon la manière dont elle est gérée, la crise (ou le conflit) peut être soit destructrice soit constructive. Tout dépend de l’attitude que l’on adopte.
Une première réaction est celle que l’on vient d’illustrer : la fuite. Dans le cas de Ben Ali, cette fuite est conséquence de la réaction violente du peuple face à son oppression. Dès lors, elle peut s’avérer salutaire pour éviter la montée de la violence et des conflits inutiles. Mais elle est plus souvent un acte de lâcheté.
La seconde consiste à « adoucir » de manière illusoire le conflit, à calmer le jeu, mais cette solution ne dure jamais bien longtemps. C’est le cas des empereurs romains qui donnaient « du pain et des jeux » au peuple afin d’endormir leurs envies de rébellion.
La troisième est l’affrontement qui peut prendre deux formes : une violente et une non-violente. Pas étonnant que les dictateurs favorisent dans un premier temps l’affrontement violent, puis se retrouvent obligés de fuir. La démocratie quant à elle privilégiera, dans l’idéal, l’affrontement non-violent qui consiste à résoudre la crise par le dialogue, la négociation et la concertation. Cependant, on peut constater que la plupart du temps, on arrondit davantage les angles en tournant autour du pot…
Mais l’affrontement violent n’appartient pas qu’aux dictateurs et il n’est pas forcément négatif. Les grands mouvements révolutionnaires qui ont fait avancer la démocratie l’ont souvent fait par la force. Il n’empêche que certaines choses ont aussi changé par des affrontements non-violents : par la force de la persuasion, le charisme et l’exemplarité de certains hommes et femmes qui ont été au bout de leurs idées : Gandhi, Mandela, Ingrid Betancourt, et tout récemment Aung San Suu Kyi qui ont affronté leur destin avec courage, contrairement à ces chefs d’Etat qui ont fui.
Cela me rappelle à quel point Albert Camus est encore d’actualité ! Il considère, en effet, qu’une personne se définit par les actes qu’elle pose et qu’elle assume en connaissance de cause. Deux attitudes sont à bannir pour lui : la première consiste à faire semblant de ne rien voir, l’indifférence, croire que tout va bien dans le meilleur des mondes ; la seconde consiste à fuir, à tourner le dos à ses responsabilités (pire encore à se fuir soi-même par le suicide, comme on suppose qu’Hitler l’a fait). Ce que Camus défend rejoint finalement l’attitude CRACS que l’on prône dans nos organisations : voir les choses en face, de manière lucide, être critique vis-à-vis d’un monde qui est absurde et AGIR en toute lucidité, assumer les conséquences de ses actes et les conflits qui peuvent en surgir. A l’inverse de ceux qui fuient, ou font mine de n’être pas concernés, soyons de ceux qui, à quelque niveau que ce soit, affrontent – de préférence sans violence - les yeux ouverts sur la société actuelle. Pas besoin d’être Che Guevara ou le Dalaï Lama pour être un héros de tous les jours !
Nathalie Flament
Détachée pédagogique ICC
nathalie.flament@icc-formation.be
[1] Albert Camus
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