
Début avril, le secteur des Organisation de Jeunesse a reçu une note d’orientation de la Ministre Fadila Laanan. Ce document présente les volontés actuelles de la Ministre pour le secteur des OJ et la réforme de "son" décret OJ. (pour la lire, cliquez sur l’icone).
Le CJC s’est penché dessus et vous en livre son avis.
1. Sur la culture comme droit
La culture est plus et moins qu’un droit.
Plus car elle est une construction collective. De la même manière que plusieurs être humains ne peuvent pas ne pas communiquer, plusieurs êtres humains et a fortiori une société ou un groupe au sein de cette société ne peuvent pas ne pas créer une culture.
La culture est également moins qu’un droit car il nous semble important de redire que les droits sont de nature et d’importance divers et que la culture n’est pas à proprement parler un droit comme peuvent l’être les libertés constitutionnelles.
Ainsi, il nous semble essentiel d’inscrire dans le rapport de la culture au droit, l’importance du contexte social et économique actuel et à venir comme facteur déterminant clé de la culture et du Droit.
2. Sur la notion d’emancipation
La notion d’émancipation nous paraît réclamer un approfondissement de sens. Si s’émanciper, c’est s’affranchir, couper des liens avec son contexte et son environnement de vie, alors, l’émancipation nous paraît être un leurre, un piège.
En effet, une des difficultés des jeunes aujourd’hui est de trouver leur place dans la société, une place sociale et économique. L’émancipation court le risque de fonctionner comme un mythe qui attire les jeunes vers des mirages de réalisation de soi pour lesquels ils rompront davantage encore les liens qui les unissent à leur environnement, à leurs origines. Le véritable enjeu à convertir en finalité, est et reste de faire des jeunes, des acteurs de la société d’aujourd’hui et des acteurs de changement de cette société et ce, sur un mode solidaire.
La logique néo-libérale promeut la liberté individuelle au-dessus de toute valeur et induit un affranchissement de tout lien qui amène aujourd’hui les jeunes les plus précarisés à vivre à seul, sans possibilité de se soutenir les uns, les autres.
3. Soutenir une finalité d’acteur social qui met en œuvre des stratégies de changement
Changer le monde doit rester l’objectif des jeunes.
Les Organisations de Jeunesse doivent constituer des espaces où cet objectif qui peut paraître irréaliste dans une formulation aussi simple, voire simpliste, où cet objectif donc, trouve à se confronter à la réalité du monde. Les jeunes doivent impulser dans et à partir des Organisations de Jeunesse, des micro-changements sur base de valeurs collectivement admises et explicitées qui développent plus de solidarité et de liens. Par cet exercice, les jeunes deviendront capables de mettre en œuvre des stratégies de changement dans les différents espaces d’engagement qu’ils connaîtront tout au long de leur vie.
4. Soutenir des espaces d’expérimentations nous paraît être un excellent moyen pour réussir l’objectif numéro 1, pour réussir à rendre les jeunes acteurs : promouvoir l’engagement. L’objectif, c’est l’engagement des jeunes. Et cet engagement se construit dans les structures et non en zappant de structure.
Il nous semble essentiel de promouvoir l’engagement singulièrement dans les OJ et de soutenir, non un activisme à tout crin mais du temps pour laisser émerger les projets des jeunes à l’intérieur des structures, laisser ces projets être évalués et permettre des moments de latence collectifs et personnels. Cette dynamique doit rester la propriété des associations, il nous paraît essentiel de ne pas s’ingérer dans les dynamiques des associations, sous peine d’uniformiser les pratiques et méthodologies et par là, d’exclure un certain nombre de jeunes des Organisations de Jeunesse.
5. Sens critique
Le développement du sens critique chez les jeunes est un élément important et doit faire figure d’objectif général. Dans ce cadre-là, la question du rapport à l’information est particulièrement complexe et doit faire l’objet d’un travail au sein de chaque organisation de jeunesse et ce compte tenu de ses buts, méthodes et publics.
6. Créativité
La capacité créatrice des jeunes doit être abordée par l’angle du moyen d’expression et non comme objectif en soi. En tant qu’objectif, la promotion de la créativité peut aller jusqu’à constituer une erreur. Promouvoir l’évasion du réel et induire un enfermement dans une image de réalisation de soi très, très individualiste qui isolent de rapports de société plus solidaires et poussent les jeunes à refuser les contraintes.
C’est la créativité qui est au cœur de la parole des jeunes et non la parole au cœur de la créativité. Il convient d’encadrer la forme, trop de frein tue la créativité associative jeune.
7. Culture de la transaction
Comme la créativité, la culture de la transaction ne nous paraît pas constituer un objectif en tant que tel. La transaction est un moyen d’arriver à un accord entre plusieurs personnes. Transiger est indispensable pour développer un fonctionnement démocratique. C’est ce dernier qui doit constituer l’objectif. De plus, en formulant la culture de la transaction comme objectif, on en oublie que la transaction est aussi une transaction avec un tiers (le projet, la société, l’OJ)
8. Favoriser la rencontre
Cet objectif nous semble insuffisant. L’ambition d’une politique de jeunesse doit bien être de produire des liens sociaux forts, de développer de la tolérance et de l’ouverture à autrui. Lorsque l’on parle de construire des réseaux, il doit s’agir d’abord, non des réseaux d’organisations mais des réseaux solidaires entre jeunes, entre jeunes et autres générations.
9. Réaffirmer les pratiques d’éducation permanente
Les conclusions des Etats Généraux de la Culture oublient de manière assez importante la place et l’importance des pratiques d’éducation permanente. Ces pratiques irriguent l’action de nombreuses OJ et ne peuvent être oubliées dans les orientations à donner à la politique de jeunesse.
10. Renforcer l’acceptation de la diversité culturelle
Le thème de la diversité culturelle est plein de sens par rapport aux réalités sociales actuelles. Cependant, il s’agit d’un thème important parmi d’autres et il ne nous apparaît pas pertinent de pointer celui-ci à l’aube d’une évaluation puis d’une négociation d’un décret sur les Organisations de jeunesse.
Le décret ne doit pas dire quels thèmes les jeunes doivent remettre en cause d’autant qu’il s’agit de thèmes qui les dépassent et concernent tout le monde.
11. Comment toucher les jeunes ?
Nous considérons que cette question renvoie vers une thématique des OJ et non de la Ministre. Les publics jeunes sont multiples et aucune organisation n’a la possibilité d’accueillir tous les jeunes. Une chose est sûre, le public des OJ doit être les jeunes.
12. Public
La volonté de rétrécir la tranche d’âge touchée par les OJ est contradictoire avec le constat sociologique d’une jeunesse qui s’allonge. S’adresser à un public de moins de 35 ans est sans doute plus pertinent aujourd’hui encore qu’il ne l’était en 1980.
13. Contrats-programmes
Les contrats programmes ne sont pas inenvisageables. Mais la nature de la relation entre les pouvoirs publics et les associations ne peut s’inscrire comme une relation où les pouvoirs publics se définissent comme opérateur, sous-traitant en quelque sorte une action à finalité sociale à des partenaires privés. Les OJ sont porteuses d’un projet de société construit de manière autonome. Cette autonomie est indispensable au fonctionnement démocratique de la société et former les jeunes à ces dimensions est essentiel. Le principe de subsidiarité doit rester l’élément fondateur de la relation entre pouvoirs publics et OJ.
14. Types de reconnaissance
Les modalités de présentation très dichotomique (mouvement et service) méconnaissent les diverses réalités des mouvements spécialisés ou les coordinations. Nous ne pouvons qu’être d’accord avec le constat d’insuffisance des deux catégories mais considérons que les catégories de mouvements spécialisés et de coordination, une fois appréhendées, la pluralité de formes organisationnelles est plus large que ne la décrit la Ministre et ne pourrait être oubliée.
15. Dispositif particulier
La note d’orientation assimile deux concepts : les dispositifs particuliers permettant de soutenir l’action permanente et décentralisée et les Nouvelles Initiatives Jeunes. Ces deux concepts et dispositifs ne relèvent pas de la même nature et doivent être distingués.
16. Formation
Ce point relève de deux ordres qui ne peuvent être mélangés. La formation des bénévoles constitue un pilier des pratiques d’éducation permanente et doit constituer un véritable objectif. La formation des professionnels, des permanents relève pour sa part de l’ordre des moyens donner à une organisation et à son personnel pour mener à bien les actions. Les pratiques d’éducation permanente et de professionnalisation du secteur doivent être distinctes pour être gérées au mieux. La seconde doit rester au service de la première.
17. L’information
Celle-ci doit être adaptée par chaque OJ. L’information est une question qui doit être traitée au niveau de l’OJ, par et pour son public.
18. Compléments aux critères
Les critères à mettre en œuvre doivent permettre de prendre en compte le volume d’activité des organisations et ce sur plusieurs plans : nombre, fréquence, durée, moyens alloués au projet, moyens alloués à la participation. De plus, afin de prendre en compte les contingences de la participation des jeunes au projet des OJ, celles-ci doivent pouvoir fonctionner avec des, plans d’action relativement courts.
19. Moyens disponibles
Les moyens disponibles doivent être élargis à d’autres enveloppes, existantes et affectées à des soutiens plus ponctuels. Ces moyens font partie des moyens qui soutiennent l’activité des OJ aujourd’hui, ils doivent donc être pris en compte.
Par ailleurs, la réforme « programmée » du secteur suppose un soutien politique marqué par un refinancement du secteur qui dépasse les intentions actuelles.
Brice Many
Secrétaire Général du CJC
Mots-clés :
asbl JEC
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