La mobilité dans tous ses « Etats » !

"La libre circulation des travailleurs est assurée à l’intérieur de la Communauté". Il s’agit de l’article 39 du Traité de Rome de 1957, année de création de la Communauté économique européenne (CEE). La mission d’établir un marché commun, la promotion d’un développement harmonieux des activités économiques et la perspective d’augmenter le niveau de vie des citoyens européens ont sûrement incité la liberté de circulation des personnes. Si, à l’origine, « les mouvements migratoires » avaient une signification purement économique avec la volonté institutionnelle de faciliter la mobilité de la main d’œuvre, aujourd’hui ils ont pris une ampleur supplémentaire. L’article 45 de la Charte européenne des droits fondamentaux [1] reprend cette mention « Tout citoyen ou toute citoyenne de l’Union a le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ».

En peu de temps, ce principe exprimé comme accord entre les pays membres de l’UE est devenu un phénomène social. Tout citoyen européen peut se déplacer librement dans l’espace européen pour voyager, étudier et même résider. Nous faisons partie de la génération Erasmus, des échanges interculturels, des « vols low cost ». Incités par la volonté de s’affirmer économiquement et socialement, de retrouver une stabilité espérée, nous sommes devenus une génération migrante à la recherche du bonheur ici et ailleurs. La liberté de circulation en Europe a facilité ce processus de migration caractérisant, de façon indirecte, nos conditions et nos styles de vie. Malgré les inégalités persistantes entre les différentes classes sociales et entre pays, les réformes structurelles européennes ont amplifié les accès à l’éducation et à la mobilité. Il suffit de penser à la croissance du nombre d’étudiants qui, chaque année, bénéficient du programme Erasmus+ [2].

Il existe un lien direct entre la volonté de « vouloir rejoindre une position sociale reconnue » et la croissante mobilité sociale et territoriale.

Au cours du 21ème siècle, la mobilité a connu une évolution considérable et est devenue un besoin essentiel à satisfaire.

Et, au cours de cette période où chaque moyen de transport de notre société contemporaine a été contaminé par un danger éventuel lié au terrorisme, par la psychose d’un risque potentiel, la circulation a été fortement touchée.

Cibler les infrastructures et les moyens de transports a une signification plus profonde et précise : il signifie frapper la liberté de mouvement et de circulation, une des bases nécessaires au fonctionnement et aux connexions entre les secteurs socio-économiques.

Si notre bien-être personnel et collectif est meilleur, si notre qualité de vie a augmenté, c’est aussi grâce à la mobilité. La vitesse et la diminution des coûts de transports ont facilité nos déplacements mais surtout ils ont permis à des millions de personnes de voyager, de travailler plus rapidement, et donc, en quelque sorte, d’être libres.

Toucher la « libre circulation » signifie aussi projeter une ombre sur les comportements et sur le style de vie de millions de personnes désormais très attachées au sentiment de liberté et aux facilités d’accès liés à la mobilité.
Qu’en sera-t-il de notre mobilité européenne, de notre liberté de circulation après ces évènements qui nous ont touchés au fond de notre âme ?

Katia Giovanetti
Collaboratrice administrative et financière à l’asbl Résonance
katia.giovanetti@resonanceasbl.be