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La dernière peut-être ?
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31/10/2008

31/10/2008

La fête de la Toussaint, le 1er novembre, reste marquée sous nos latitudes par le souvenir de nos défunts. Il suffit de visiter un cimetière à cette époque de l’année pour y constater une « vie » inhabituelle…


Dans certaines abbayes, autrefois, était gravée sous les horloges, cette inscription latine : Ultima forsan, la dernière peut-être. Le moine, chaque fois qu’il regardait l’heure, était invité –de manière un peu abrupte !- à se souvenir qu’il en vivait peut-être la dernière ! Je suis prêt à parier que peu d’entre nous, surtout à notre âge, pensent autant à leur possible mortalité. Notre jeunesse nous rend naturellement insouciants par rapport à la possibilité réelle de mourir peut-être tout à l’heure… Et y penser de la sorte témoignerait plutôt de pensées morbides, mortifères, voire suicidaires. Mais reste que la mort est bien là, comme possibilité un jour inéluctable, à toute heure… Il suffit de voir le nombre d’accidents et de suicides chez les jeunes. Mais la « dernière peut-être » nous indique une autre manière d’envisager la mort, la mienne surtout.

Ultima forsan, la dernière peut-être, souligne positivement que chaque heure qui passe n’est pas un dû, mais un don, un cadeau de la part de la vie (ou de son visage qu’on peut appeler Dieu). Cette heure, ce moment présent est le signe, le plus discret, de la bonté de la vie envers nous : elle nous donne le temps. Elle nous donne le temps de la vivre et de la comprendre. Elle nous donne le temps de nous tromper, de passer par les échecs et les difficultés. Elle nous donne surtout le temps de la décision et de la conviction, c’est-à-dire du choix renouvelé en sa faveur, en faveur de la joie et de la paix.

Le temps n’est donc pas ce que nous subissons, même si, psychiquement, c’est souvent ainsi que nous le vivons : le temps nous manque, nous presse de toute part, il nous agite et il nous stresse, il nous fatigue et ne nous donne pas le temps de vivre, de rêver, de prier, d’aimer. Il nous laisse exsangues, lessivés, défaits. Au lieu de « tuer le temps », c’est lui qui nous tue à petit feu… Pourquoi ? Parce que nous voulons le maîtriser, l’enchaîner. Nous croyons que le temps est une pure invention humaine. Il doit donc rester à notre service. Or, c’est nous qui sommes à son service. Le serviteur est devenu plus grand que son maître.

Le temps nous est donc offert de la part de la vie (ou de Dieu), c’est même son plus beau cadeau : cette heure-ci, la dernière peut-être est la plus grande délicatesse d’un Dieu patient. D’un Dieu qui sait qu’on ne fait rien de grand et de profond sans enracinement, sans cheminement, sans histoire, sans le temps.

Ultima forsan, la dernière heure peut-être, mais heure gorgée de vie, d’appel à la vivre en plénitude, d’en goûter chaque seconde de profondeur. La mort ne peut même pas nier la vie de cette heure-la, la dernière peut-être.

Dominique Collin
Conseiller théologique au CJC
dcollin@cjc.be



Photos
Haut :Waqas Ahmed

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Bas :edouardv66

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