La coopération, une alternative à la compétition

Les rivalités entre supporters d’équipes de football existent depuis la nuit des temps et, comme disent certains, c’est de bonnes guerres. Mais il arrive parfois que la situation dérape et devienne inacceptable. L’échange de noms d’oiseaux par l’intermédiaire de banderoles interposées dans les tribunes, comme ce fut le cas ces derniers jours, est un exemple parmi d’autres. Quel modèle pour les enfants dans les stades qui viennent voir jouer leurs idoles et passer un bon moment en famille !

Cette actualité met, une nouvelle fois, en avant les dérives auxquelles la compétition, omniprésente dans notre société actuellement, peut mener.

Mais une alternative à la compétition a le vent en poupe depuis quelques années et ce, particulièrement au sein des organisations de jeunesse : il s’agit de la coopération. Cette démarche propose une autre manière de fonctionner, plus sereine pour tout un chacun. Une manière ludique et attractive de travailler la coopération avec un groupe est d’ailleurs d’utiliser des jeux coopératifs.

Késako ?

Un jeu coopératif a pour premier objectif avoué de prendre du plaisir, afin d’être partenaire dans la vie au lieu d’être concurrent. Il n’y a ni perdant, ni éliminé. L’entraide, la solidarité, la convivialité sont les moteurs de ces jeux [1].

A travers un jeu coopératif, les jeunes peuvent œuvrer en groupe, tous ensemble, dans un but commun. Leur utilisation participe souvent à l’amélioration de la dynamique de groupe et permet également de créer des échanges dans une équipe. C’est par l’expérimentation de toutes ces valeurs qu’une personne peut les développer dans son quotidien.

Malheureusement, ces jeux ne sont que peu voire pas connus du grand public. Faites le test et demander à un enfant de noter les cinq premiers jeux de société qui lui viennent à l’esprit. Instinctivement, ce ne seront que des jeux où il y a un (des) gagnant(s) et un (des) perdant(s). Logique étant donné que la plupart des jeux de société mettent en avant la compétition. Néanmoins, il existe de nombreux jeux coopératifs pour petits et grands à découvrir au plus vite comme « le verger », « l’île interdite » ou « black stories ».

Prenons l’exemple du verger afin d’illustrer ce qu’est un jeu de société coopératif. Il s’agit d’un jeu simple pour les enfants dès 4 ans. Le but de celui-ci est de ramasser ensemble tous les fruits du plateau de jeu avant que le corbeau ne les mange. C’est en lançant un dé qu’on peut les cueillir ou faire apparaitre un des huit morceaux qui composent le corbeau. Tous les joueurs gagnent si les fruits sont récoltés avant que le corbeau ne soit reconstitué. A l’inverse, tout le monde a perdu si le corbeau est recomposé en premier. Il n’y a donc pas d’exclu : les enfants gagnent ou perdent ensemble et doivent s’entraider pour obtenir la victoire.

Coopération végétale

Dans un tout autre registre, il faut savoir que la coopération est également un phénomène essentiel dans le règne végétal. Des chercheurs canadiens ont démontré que « afin d’absorber plus d’eau et de nutriments, la plupart des plantes prolongent leurs racines par une symbiose avec des filaments de champignons extrêmement fins appelés mycorhizes. En échange, elles leur fournissent des sucres, car les champignons ne peuvent pas photo-synthétiser. C’est une relation très étroite, car si on coupe les arbres, les mycorhizes meurent, et si on plante ces arbres dans une région dépourvue de mycorhizes, ils ne poussent pas. Il a été découvert en 1997 que les mycorhizes formaient des réseaux souterrains complexes qui connectaient les arbres entre eux et leur permettaient d’échanger des nutriments ! Ainsi, lorsqu’un arbre manque de soleil, d’autres voisins plus robustes peuvent lui fournir des sucres ou des minéraux par les racines. Un grand arbre peut même aider une petite pousse à bien démarrer sa vie. [2] »

Pour conclure, inutile de se voiler la face, la compétition continuera d’exister car elle fait partie intégrante de notre environnement. Mais la promotion d’activités de coopération devrait permettre de rétablir un équilibre avec la compétition et surtout de mettre en œuvre des valeurs humaines primordiales. En regard de ce qui se fait dans le monde végétal, la coopération est essentielle pour le bon fonctionnement de notre société et permettra peut-être d’atténuer les rivalités néfastes.

Sébastien Persoons
Permanent pédagogique - Résonance asbl
Sebastien.persoons@resonanceasbl.be

[1D’après : Masheder M. Jeux coopératifs pour bâtir la paix. ED. Chronique sociale

[2Cité par Pablo Servigne dans les carnets N’GO n°3, de la compétition à la collaboration, http://echoscommunication.org/2014/08/07/carnets-de-ngo-n3/