La coéducation en 2016, c’est possible ?

Un article est récemment paru sur la relation difficile qui unit la famille et l’école. Il a particulièrement retenu mon attention par ces propos mais aussi par le fait que depuis peu, j’ai la double casquette parent et enseignant. D’où provient cette méfiance entre les deux parties et surtout est-il possible d’harmoniser leur fonctionnement au profit du développement de l’enfant ?

L’article de l’Avenir rappelle que cette confrontation est historique : « Elle est née en même temps que l’obligation scolaire, à la fin du XIXe siècle. En Belgique, l’école est devenue obligatoire en 1914 et effective en 1918. Auparavant, l’enfant était une main-d’œuvre utile pour les parents. Les congés d’été ont d’ailleurs été instaurés comme compromis à l’époque, pour les travaux des champs ».

Les débuts relationnels ne se sont donc pas faits sur de bonnes bases et le fossé n’a fait que s’accentuer au fil des décennies. Les jugements hâtifs sur la manière d’éduquer de l’autre entrainent souvent tensions et autres incompréhensions. L’exemple des devoirs est parlant. En effet, un enseignant peut rapidement catégoriser une famille si le devoir de l’élève n’est pas réalisé à la maison ou pas de la bonne manière. A l’inverse, un parent peut juger la qualité de l’enseignant en s’arrêtant uniquement sur la nature et la quantité des devoirs qu’il donne.

Heureusement, certaines initiatives essaient de faire bouger les mentalités. Une recherche-action faite par l’Université de Mons-Hainaut, il y a quelques années, sur la relation famille-école explique que les parents et les enseignants sont tous deux des acteurs de l’éducation de l’enfant et visent son épanouissement. Par contre, chacun propose des apprentissages différents : à l’école, les enfants apprennent des savoirs dit explicites (sciences, math…). A la maison sont travaillés des savoirs implicites, généralement sans se dire, tels que des pratiques langagières ou des habitudes comportementales. Il est remarqué qu’il est important que chacun s’occupe bien de son espace d’apprentissage (les problèmes relationnels pouvant apparaitre quand ces frontières ne sont pas respectées).Il est également précisé qu’il existe un espace où l’école et la famille doivent collaborer pour le bien-être de l’enfant. C’est ce qu’on pourrait appeler des pratiques de coéducation où l’enseignant et le parent coéduquent en prenant en considération les besoins de l’enfant.

L’enfant est donc placé au centre du processus d’apprentissage. Dans cette optique, la famille et l’école deviennent des partenaires éducatifs durables pour l’enfant. Une communication sereine sera alors importante et aura pour thème central les besoins de l’enfant. Par exemple, il faudra se mettre d’accord sur les pratiques à adopter à l’école et à la maison pour répondre au besoin d’attachement de l’enfant.

On pourra alors constater qu’une relation harmonieuse est possible et ce, à partir du moment où l’école et la famille collaborent et communiquent sur une thématique transversale précise telle que les besoins de l’enfant. Cela sera également rendu possible par le fait que chaque partie s’occupe des apprentissages qui lui sont propres, sans juger la manière dont éduque l’autre.

Mais, on pourrait encore aller plus loin en disant qu’il est nécessaire de favoriser la collaboration entre TOUS les acteurs de l’éducation de l’enfant et de l’adolescent. A ce niveau, les organisations et associations de jeunesse ont aussi leur carte à jouer dans l’harmonisation des visions éducatives. En effet, pour un jeune, être acteur au sein de son organisation, c’est vivre des expériences positives qui deviendront par la suite des apprentissages solides pour commencer sa vie d’adulte.

Sébastien Persoons
Permanent pédagogique – Résonance Asbl
sebastien.persoons@resonanceasbl.be