« La cité de la dentelle, du grillage et du barbelé »

Ils fuient la guerre, la dictature ou encore la faim. Les migrants arrivent à Calais pleins d’espoir. A peine quelques kilomètres les séparent de l’eldorado anglais. Mais la porte de sortie de l’espace Schengen est bien gardée. Sans visa, sésame d’entrée pour les ressortissants non européens, il ne leur reste qu’une solution : rejoindre illégalement l’Angleterre. Mais avant de pouvoir traverser la mer, l’attente est longue. Dans le Calaisis, des milliers d’exilés vivent dans des « jungles » [1], comprenez des campements de fortune pour passagers en zone de transit.

Calais, submergé

Porte d’entrée vers l’Angleterre, Calais voit affluer depuis des années des milliers de migrants sur son territoire et avec eux, une crise humanitaire sans pareil. Mais depuis quelques mois, la ville est sous le feu des projecteurs médiatiques à cause du nombre croissant d’exilés arrivant en son sein.

Plus de 3000 migrants vivent regroupés dans une ancienne déchetterie aux abords du Centre Jules-Ferry – un centre d’accueil de jour – en périphérie de la ville. Leur maison pour quelques mois ? Des abris de fortune : la plupart du temps, une tente posée sur une palette de bois et recouverte d’une bâche pour éviter que la pluie ne transperce. Résultat, les conditions de vie se détériorent, à l’absence d’infrastructure s’ajoutent le manque de nourriture, la galle et l’épuisement.

Malgré cela, les migrants continuent désespérément d’essayer d’atteindre l’eldorado anglais. Tous les jours, ils répètent le même scénario et tentent de grimper dans un camion de marchandises soit en passant via le tunnel sous la Manche soit par le port de Calais.

Réponse sécuritaire des autorités ?

En décembre 2014, la construction d’un nouveau mur autour du port de Calais, pour un coût de quinze millions d’euros, financée par le Royaume-Uni, faisait polémique. « A la cité de la dentelle, on tricote désormais du grillage et du barbelé », s’indignait Dominique Guibert, président de l’association européenne des Droits de l’homme. Pour le monde associatif, la priorité face à l’afflux d’exilés doit encore et toujours être la mise à disposition de places d’accueil.

Plus récemment, en août dernier, les gouvernements français et anglais ont conclu un accord visant à renforcer la sécurité dans le Nord-Pas-De-Calais avec l’installation de nouvelles barrières et l’augmentation du nombre de policiers sur le site de l’Eurotunnel. Le but ? Empêcher les migrants d’emprunter le tunnel suite aux nombreuses tentatives de passage et la mort médiatisée de certains d’entre eux au cours de l’été.

Mais l’efficacité de ces mesures pose question. Selon le chercheur spécialiste des flux migratoires, François Gemenne, celles-ci n’empêchent pas les migrants de tenter la traversée. Par contre, elles ne font qu’en augmenter la dangerosité. Pour les exilés, qu’importent les risques, le jeu en vaut la chandelle. Il n’y a pas de retour en arrière possible …
Face à l’arrivée de plus en plus massive d’exilés à Calais, comme partout en Europe, la réponse sécuritaire semble inadaptée. Aujourd’hui, le défi européen est de taille : former un front commun humain et solidaire sur l’immigration. Finalement, nous sommes tous le migrant d’un autre. Hier, nos parents et grands-parents fuyaient la guerre pour sauver leur vie. Aujourd’hui, d’autres sollicitent l’Europe pour les mêmes raisons ; c’est l’occasion pour celle-ci de rendre la pareille.

En Belgique ? L’espoir au parc Maximilien

Ces dernières semaines, le parc Maximilien a pris des allures de mini-Calais. Des centaines de personnes vivent dans des tentes avec leur famille dans l’attente d’une régularisation.

L’élan de solidarité est extraordinaire. En quelques jours, le campement s’est organisé grâce aux nombreux dons et volontaires présents sur le terrain. Refusant l’intolérance et les discours populistes, de nombreux citoyens n’ont pas hésité à se mobiliser.

Au parc Maximilien, on a compris que les valises des exilés renferment des trésors comme la diversité, la rencontre et la connaissance. Don’t forget : nos sociétés multiculturelles sont une richesse !

Manon Lesoile
Chargée de communication du CJD
manon.lesoile@cjdasbl.be

[1Les « jungles » désignent les squats et camps dans lesquels vivent les migrants. Cette appellation vient de « dzanghal », le mot pachtoun pour « forêt ».