La case de l’oncle Tom

Régulièrement, la presse renvoie des prises de position outrées concernant les stigmatisations outrancières. La récente campagne « Et toi, t’es casé-e » sensibilise contre l’homophobie et la transphobie chez les jeunes. Les stéréotypes sont toujours, et ce depuis longtemps, au cœur des débats.

La campagne « « Et toi, t’es casé-e ? »
C’est l’occasion de mettre en avant cette campagne qui vise à sensibiliser les jeunes de 12 à 25 ans, et les professionnels qui les encadrent, à la lutte contre les stéréotypes et les discriminations et à les amener à trouver de l’aide et des réponses à leurs questions, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.
D’où le slogan « Et toi t’es casé-e ? » et sa formulation sous forme de question afin que chacun puisse s’interroger sur ce qu’il est, et sur le fait qu’il puisse être victime de préjugés, stéréotypes, discriminations ou violences en raison de son identité.
Cette campagne se décline sur divers supports : des spots tv et radio, un site internet (www.ettoitescase.be), une page Facebook, un dvd, une affiche, un dépliant et un guide pédagogique. Le site Internet propose également des capsules vidéos, ainsi que des documents pédagogiques pour aborder la question des stéréotypes, de l’inclusion, des genres pour les acteurs du secteur socio-éducatif et même des cours presque tout faits pour intégrer cette dimension de genre dans l’histoire. Aborder la Renaissance, la Révolution, la Guerre Froide au travers de l’homosexualité et du genre est une autre façon d’aborder l’Histoire. Se souvenir de grandes figures historiques comme Erasme ou Isabelle de Bourbon-Parme, au travers de certains aspects de leur personnalité, peut également donner un éclairage nouveau à ces personnages.

Cette campagne renvoie à celle qui se déroule parallèlement en France, intitulée « Arrêtez de nous mettre dans des cases ! », dont le propos vise tous les stéréotypes sociétaux (bobo, vieux, jeunes de quartier, patrons…).

Ces initiatives font assez naturellement écho aux craintes d’amalgames que les attentats, pour ne citer qu’eux, ont pu provoquer dans les mentalités et le mouvement actuel de repli sur soi et de peur de l’autre.

Mettre les gens dans des cases, est-ce mal finalement ?
De tous temps, l’homme –pardon, je voulais dire l’être humain – a structuré le monde qui l’entoure par le langage. Arbitrairement, il a mis des mots sur les choses, les personnes et les concepts ; il a ensuite classé ces divers éléments en catégories pour mieux les comprendre, les « gérer », pour vivre en société organisée. Quelle que soit la culture ou l’époque, les êtres humains se sont classés entre eux selon le sexe, l’âge, la couleur, le métier, la religion, le mode de vie, les préférences sexuelles… De la même façon, chacun classe les gens qu’il a autour de lui : la famille, les collègues, les amis… C’est naturel et c’est sain finalement. Dites à quelqu’un d’arrêter de placer les gens qui l’entourent dans des « catégories », ce sera tout bonnement impossible. C’est comme demander à quelqu’un de ne pas penser aux papillons et il y pensera forcément. Ainsi, dire aux gens d’arrêter de penser que je suis noir, que je porte le voile, que je suis une femme, ou encore que je suis mère de famille ou célibataire, avec tous les clichés qui les entourent…, relève de l’injonction paradoxale ou de l’utopie. L’idée n’est donc pas de faire comme si tout le monde était pareil et de nier les particularités de chacun ! Imaginez un monde où l’on traiterait à l’identique les enfants et les adultes, les plus démunis et les friqués, les handicapés et les valides, etc… vous verrez les foules se lever et crier à l’injustice parce leurs différences ne sont pas prises en compte ! Car « mettre dans des cases », c’est aussi se laisser la possibilité de mettre en place des mesures spécifiques (et positives) pour certaines catégories de personnes.

Alors, à partir de quand cela pose-t-il problème ?

Tant que les mesures prises pour certaines catégories de personnes sont positives et constructives, on applaudit ! Quand cela va dans l’autre sens : exclusion, discrimination, harcèlement, on crie au scandale et on demande d’arrêter de stigmatiser. Le problème finalement n’est pas dans la case… mais bien dans l’intention et donc dans ce que l’on en fait.

Là se trouve tout le paradoxe du débat autour des stéréotypes : bien utilisés, ils sont à la fois nécessaires à la société et bénéfiques pour tenir compte des spécificités de chacun ; mal utilisés, par contre, ils deviennent une arme et un frein au bien-vivre ensemble et au développement personnel.

Alors, casé ou pas casé ?
On l’est tous. L’important est d’en être conscient et de se demander si l’on vit bien avec et si ce n’est pas préjudiciable pour autrui. Une réflexion individuelle ou collective, par exemple au sein d’une organisation, relative à cette catégorisation peut s’avérer enrichissante pour la prise de conscience, mais aussi pour l’évolution des mentalités ou des pratiques que cela peut engendrer.

Nathalie Flament
Coordinatrice de formations et animatrice pédagogique - Résonance asbl
nathalie.flament@resonanceasbl.be