L’islamophobie, un rempart pour des citoyens en manque de repères ?

L’islamophobie est aujourd’hui un sujet d’actualité brûlant. Mais qu’est-ce que l’islamophobie ? Le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) la définit comme « l’ensemble des discriminations et actes de rejet, violence, verbales ou physiques, qui visent des individus (ou des institutions) en raison de leur appartenance supposée à la religion musulmane ». Face à cette forme de racisme, les citoyens du monde que nous sommes ne peuvent rester indifférents. Dès lors se posent diverses questions : où l’islamophobie trouve-t-elle sa source ? Comment s’alimente-t-elle ? Et surtout, comment y faire face ?

15 millions de musulmans en Europe occidentale

Quelques 15 millions de musulmans vivent en Europe occidentale et ce depuis deux ou trois générations. Nombre d’entre eux demandent la naturalisation, adoptant par la même leur patrie d’accueil comme la leur. Et pourtant, le sentiment d’islamophobie n’a jamais été aussi ancré chez les européens. Amnesty International souligne qu’ « en France, Belgique et aux Pays-Bas, les employeurs sont autorisés, en violation de la législation européenne, à discriminer des musulmans sous prétexte que "les symboles religieux ou culturels agaceront les clients ou les collègues" ».

En Belgique, en France et ailleurs…

En Belgique, juin 2012, trois militants du parti islamophobe et extrémiste Vlaams Belang pénètrent dans l’enceinte d’un établissement scolaire et obligent les enfants à consommer des saucisses au porc.

En France, en 2011, 21 mosquées ont été visées par des actes islamophobes sous plusieurs formes : incendie, tags, messages hostiles et insultants, souillure par l’urine ou des têtes de porc.

A Orange, au cours d’une convention d’un mouvement d’extrême droite, un député italien a crié à la tribune : « vive les blancs de l’Europe », « vive notre race ».
Les réseaux sociaux sont aussi le lieu d’expression de propos islamophobes : régulièrement des internautes publient des messages ou vidéos propices au développement de cet état d’esprit.

Où cette forme de racisme trouve-t-elle sa source ? Comment est- elle alimentée ?

La peur constitue le premier ingrédient au développement de l’islamophobie. L’argument développé ? Les musulmans voudraient islamiser le monde par tous les moyens. Le journal « La Libre Belgique » a diffusé un article affirmant que « Bruxelles -dont les musulmans constituent pourtant moins de 20% des habitants- sera musulmane dans vingt ans ».

Le second concerne l’amalgame islam – islamiste – terrorisme qui se révèle extrêmement dévastateur. Depuis les attentats du 11 Septembre, les partisans d’un certain racisme ont pu enrichir leur propos par des faits et amplifier l’idée d’une mainmise violente sur le monde par les musulmans.

Une troisième source de ce racisme latent ? Des propagandistes musulmans (dont Salman Rushdie, Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen, Irshad Manji), à la solde des islamophobes, dénigrent et stigmatisent leur religion : ils affirment que l´Occident doit cesser de se laisser endormir par l´idée du multiculturalisme et du droit à la différence.

Et un petit dernier : les hommes politiques. Conscients d’un accroissement de ce courant anti–islam, certains en usent et abusent au cours de leurs discours ou campagnes électorales.

Démystifions l’islamophobie

Certes, certains groupuscules musulmans (sharia4belgium notamment) tiennent un discours provocateur en contradiction totale avec les valeurs démocratiques de nos pays occidentaux. Mais il ne représente pas pour autant l’ensemble de la population musulmane.

De fait, musulmans et non musulmans peuvent construire et vivre ensemble. Pour preuve : Pascal Boniface (directeur de l’IRIS) et Médine (rappeur à succès) ont rédigé un ouvrage intitulé « Don’t panik ». Ces deux auteurs démontrent par leur production commune que même s’ils proviennent de mondes différents, ils ont des points de vue proches. Ceci montre bien que le regard sur la société ou sur la politique étrangère n’est pas un problème d’appartenance religieuse.

Après le colonialisme, Auschwitz et l’Apartheid, les hommes ne peuvent plus se prétendre ignorants des effets dévastateurs du racisme. L’islamophobie consiste un délit d’ignorance auquel on ne peut souscrire en tant que CRACS. Afin de le contrer, nous devons rester ouverts à l’autre, à ses différences et développer un climat propice aux rencontres, échanges et enrichissements mutuels.

Florence Vandesteene
Permanente pédagogique Résonance
florence.vandesteene@resonanceasbl.be