L’immigration, un placement rentable pour l’Etat ?

Parler de l’étranger, c’est réveiller toutes les peurs qui sont tapies au plus profond de nous-mêmes. Tous, nous sommes angoissés ; angoissés d’être impuissant face à l’autre, angoissés de voir notre territoire - matériel ou symbolique - menacé, de voir nos repères bouleversés. Aujourd’hui, cette angoisse a submergé le débat public au point de le déconnecter de tout sens des réalités.

À écouter certains commentateurs et politiciens, loin d’être tous liés à l’extrême-droite, la Belgique et l’Europe serait à la veille d’un bouleversement démographique sans précédent. Il faudrait s’attendre à un véritable raz-de-marée qui emportera avec lui le monde que nous connaissons aujourd’hui. Ce discours catastrophiste et aux conséquences potentiellement dramatiques pour ceux qu’il désigne comme les « agresseurs » percole dans l’ensemble de la société. Ainsi, en 2011, 72% des Belges jugeaient l’immigration négative.

Les étrangers profitent de la sécurité sociale

Un des fantasmes les plus répandus est celui selon lequel les immigrés ne seraient présents en Belgique ou en Europe que pour profiter de nos richesses et plus particulièrement de notre protection sociale. Tous les jours, on peut entendre cette rengaine.

Pourtant, contrairement à l’idée largement répandue, le bilan de la présence des immigrés est très positif financièrement pour l’État. Ne disposant pas de données pour la Belgique, nous analyserons la situation française dont on peut supposer qu’elle soit globalement similaire à celle de la Belgique. En 2011, les parlementaires français ont publié un audit exhaustif sur la politique d’immigration, d’intégration et de co-développement qui balaient les mythes largement popularisés par l’extrême droite. Il en ressort que les étrangers rapportaient en 2009 12 milliards d’euros à la trésorerie française.

Bilan des dépenses et recettes liées aux étrangers en France en 2009

Dépenses Recettes
2 milliards d’euros de RMI

2,5 milliards d’euros d’aide au logement

4 milliards de dépenses liées à l’éducation

5 milliards d’allocations de chômage

7 milliards d’allocations familiales

11,5 milliards de frais de santé

16 milliards de retraite

3 milliards d’impôts sur le patrimoine

3 milliards d’impôts locaux

3,5 milliards d’impôts sur le revenu

18 milliards de taxes sur la consommation

32,4 milliards de cotisations sociales

Total des dépenses = 48 milliards d’euros Total des recettes = 60 milliards d’euros



Quant aux immigrants illégaux, ils rapportent également aux caisses de l’Etat puisqu’ils paient la TVA et, s’ils travaillent, impôts et cotisations sociales. Ils rapporteraient cependant beaucoup plus s’ils disposaient de titres de séjour. À ce propos, des chercheurs britanniques ont calculé que la régularisation massive des sans-papiers qui s’est faite en 2009 en Grande-Bretagne avait rapporté aux caisses de l’Etat 4,6 milliards d’euros.

Les immigrants sont donc loin d’être un fardeau pour l’Etat. Bien au contraire ! Ils sont souvent plus jeunes que la moyenne de la population, plus entreprenants même s’ils sont toujours en butte à des discriminations diverses et, pour certains d’entre eux, à un niveau d’éducation inférieur qui explique que leur taux de chômage reste plus élevé.

Pourquoi, dans ces conditions, stigmate-t-on encore les étrangers ? Toute société a besoin de son bouc émissaire. Le bouc est souvent l’étranger. Il porte sur ses épaules toutes les fautes. Il permet à la société de soulager ses tensions internes en désignant un responsable aux difficultés auxquelles elle est confrontée.

L’identité du bouc peut changer d’une époque à l’autre et d’un endroit à l’autre. Cependant, le bouc doit correspondre à trois caractéristiques pour jouer son rôle sacrificiel à merveille.
• Il doit tout d’abord être différent du groupe dominant mais suffisamment proche de celui-ci. On doit pouvoir le distinguer sans peine, sentir la différence mais un lien doit pouvoir exister. Sans ce lien, l’expiation imposée au bouc ne peut soulager le groupe dominant.
• Deuxièmement, le groupe dominant doit pouvoir avoir des raisons de supposer le bouc coupable de tous les crimes qu’on lui impute. Il faut que son innocence puisse être mise en doute.
• Dernièrement, le bouc doit pouvoir présenter des qualités extrêmes : richesse, beauté, intelligence, force ou au contraire, pauvreté, laideur, faible éducation, impuissance.

Comment combattre un tel discours ? Est-ce tout d’abord possible ? Le phénomène du bouc n’est-il pas à ce point inscrit dans l’ADN des sociétés humaines qu’il puisse être combattu ? Seule l’éducation et la sensibilisation nous semblent à même de combattre les inégalités et les discriminations qui découlent de ce combat millénaire.

Nicolas Bossut
Pax-Christi Wallonie-Bruxelles
nicolas.bossut@paxchristiwb.be