L’idéal ou la raison ?

Cela fait un moment déjà, un certain temps, en tout cas, qu’on a l’impression que les choses fonctionnent de manière un peu bancale. Non pas qu’avant les repères étaient parfaits mais ils donnaient une orientation. Aujourd’hui, c’est comme si, à la lecture des journaux, à l’écoute de la radio, on avait brouillé les pistes. Face à tant d’incertitudes sociétales, fiscales, faut-il jouer la carte de l’idéalisme ou celle de la rationalité ?

Désarroi ambiant

« Haaa pour vous les jeunes, l’avenir est plutôt sombre… ! » Combien de fois l’avez-vous déjà entendue ? L’économie est en berne, la planète est menacée, le futur qui se dessine est assez opaque. Il y a de quoi être inquiet. Toutefois, le degré d’appréhension dépend probablement du seuil de tolérance face à l’augmentation des inégalités ou du système de redistribution des richesses qui nous agrée.
Qu’elle que soit la cause de ce chaos politique, de cette confusion collective, notre modèle de croissance et de société est dorénavant obsolète. On est dépassé parce que la cohésion sociale, ce n’est pas seulement une allocation, une aide publique, c’est la nécessaire création d’opportunités. On est dépassé parce que construire l’avenir, c’est donner à tous les moyens d’être acteur de ce futur. Et aujourd’hui, on est coincé.

Obligation d’innovation

Nous sommes confrontés au besoin de transformer, de réformer, voire de révolutionner les choses. On est dans l’obligation d’évoluer, de réinventer, d’innover.

Face à cela, il va falloir en effet miser sur bien plus qu’une spécialité rémunératrice ou une filière artistique. On attend de nous que nous soyons de véritables créateurs de projets de vie, polyvalents, imaginatifs, performants. Le défi n’est pas des moindres : cette obligation d’innovation signifie-t-elle qu’il faut d’abord tout déconstruire ? Innover, certes, dans le sillage que d’autres auront tracé pour nous, dans leur logique inévitable, ou selon notre propre cahier des charges ?

Et pour demain ?

La raison - certains parleront de défaite - aurait tendance à modifier notre rapport au réel et au monde [1]. Puisqu’on ne peut plus se projeter dans une ligne de conduite telle que « demain sera meilleur », nous adapterions ce que nous considérons comme « acceptable » ou « souhaitable ». Cette crise, cette période d’austérité, nous pourrions alors décider de la traverser, de l’accepter parce qu’elle serait, dans notre esprit, associée à quelque chose de tolérable.

Vous l’aurez compris, on est plutôt idéaliste.

On décide de relever le défi. C’est certain, il va falloir faire appel à un peu d’imagination et à beaucoup d’intelligence relationnelle. Nous allons devoir nous former aujourd’hui pour des métiers qui n’existent pas encore, et plutôt qu’être un chercheur de l’industrie, devenir un curieux polyvalent. Nous allons devoir apprendre à penser une société qui n’existe pas encore, et plutôt qu’être un citoyen un peu effrayé, devenir un citoyen ambitieux et décidé.

Marie Bechet
Chargée de projets - CJC
mbechet@cjc.be

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