L’homme est un ermite social

Individualisme, collectif, estime de soi, vie en groupe… Selon les pans de notre vie, le repli sur soi ou l’ouverture aux autres prend plus ou moins d’importance. Mais qu’en est-il à l’échelle de notre société ? Certes, la technologie et les nouveaux loisirs facilitent l’isolement, mais cherche-t-on systématiquement à nous isoler plutôt qu’à partager ?

Pendant des siècles, la vie et la survie de l’homme est passée par l’instinct grégaire, à s’unir pour faire face aux conditions climatiques et aux prédateurs. Chaque civilisation s’est développée à partir de communautés, clans, villages, où la spécialisation technique de chacun a permis l’émergence de nouveautés et une évolution technique profitant au plus grand nombre, aussi bien en termes de survie que de développement ou de loisirs.

Dans les sociétés occidentales, la famille, le village, l’église étaient autant d’institutions proches du quotidien individuel qui contribuaient largement à façonner l’identité et le sentiment d’appartenance. La mise en avant de l’individu, qui caractérise les sociétés contemporaines, n’a pas été une évolution brutale ; il s’agit d’une construction intellectuelle qui a eu lieu graduellement, notamment par l’influence des Lumières.

Aujourd’hui, avec l’avènement du PC (Personal Computer), du gsm (bien plus individuel que le téléphone fixe, partagé avec le reste du foyer), les ordinateurs portables, les smartphones, et tant d’autres gadgets technologiques, nos moyens de communication personnels nous permettent de faire des choix individuels en zappant plus aisément, passant d’une offre à une autre. Pour autant, sommes-nous devenus encore plus solitaires, encore plus individuels ?

On fait tous partie de collectifs, visibles ou invisibles. Que ce soit par logique (notre nationalité, notre région d’origine), par goût ou par choix (un club de foot, un style musical), ces appartenances nous aident à nous définir, en suivant ou à contre-courant. Or, les nouveaux moyens de communication, s’ils permettent de s’isoler de la situation dans laquelle on se trouve, donnent surtout accès à des informations qui nous intéressent. Quand on lit le journal devant son café, on est effectivement dans une activité solitaire. Quand on lit le journal devant son café sur son smartphone, on est non seulement dans une activité solitaire mais également connecté à de nombreuses autres personnes qui effectuent la même activité grâce aux systèmes de forum, de partage d’informations sur les médias sociaux. Certes, en tant qu’individu on a le regard rivé sur son appareil et on peut apparaître fermé aux autres. Mais à travers nos appareils, on accède à une multitude de possibilités !

Plutôt que de se contenter du lieu où l’on nait et où l’on est, on tente de communiquer et entrer en contact avec d’autres qui partage nos goûts et nos passions, plutôt que simplement la même commune ou région. Dans les organisations de jeunesse, cela permet de construire des liens, de se découvrir des pairs lors de rassemblements fédéraux, des manifestations, des camps d’été ou des stages thématiques ! On n’est pas plus individualistes, on est juste plus exigeants dans la recherche d’un autre qui nous correspond.



Laetitia Vignaud
Chargée de communication
lvignaud@cjc.be