L’école a-t-elle le rythme dans la peau ?

♪♫ « Donne-moi ta main, et prends la mienne … » ♪♫ Si l’école est belle et bien finie pour ces deux mois d’été, le premier rapport du Pacte pour un enseignement d’excellence vient de pointer le bout de son nez après six mois de réflexions, et avec lui, quelques soixante propositions parmi lesquelles figure la réforme des rythmes scolaires. Objectif prioritaire pour certains, vielle rengaine d’un sempiternel débat pour d’autres, il est certain que le sujet ne laisse personne indifférent dans le monde de l’enseignement. Qu’entend-t-on par là et quels sont les enjeux de cette potentielle modification structurelle ?

Chacun son rythme ?

La complexité de la thématique des rythmes scolaires relève de sa définition [1] elle-même ; celle-ci recouvrant plusieurs aspects. Dans leur première acception, ils désignent « l’emploi du temps et les calendriers scolaires. Ils correspondent alors à l’alternance des moments d’activité scolaire et de repos imposés à l’enfant par l’adulte. Il s’agit donc d’une rythmicité artificielle. » Les rythmes scolaires peuvent également être compris comme « les fluctuations périodiques des processus physiologiques, physiques et psychologiques des enfants et des adolescents en situation scolaire. Il s’agit alors d’une rythmicité naturelle. » Le cœur du débat réside justement dans l’articulation de ces deux facettes : comment faire en sorte que les temps scolaires (non seulement l’organisation journalière, hebdomadaire mais aussi la définition des périodes de vacances) s’accordent avec les besoins des jeunes ? Pour ne pas simplifier les choses, vient s’ajouter le fait que la rythmicité artificielle, qui fait le quotidien de milliers d’écoliers, repose sur des contraintes d’un autre temps. En effet, à titre d’exemple, les vacances estivales correspondent à la saison des moissons au cours de laquelle les enfants venaient en aide à leurs parents.

Une réforme aux relents d’arlésienne

Pourtant déjà initiée dès le début des années 90 par la Commission des rythmes scolaires, cette réflexion peine à aboutir. Ces travaux avaient pourtant mis en évidence l’inadéquation du calendrier scolaire au rythme biologique des jeunes et à celui, socio-économique, des parents. Malgré de multiples propositions du secteur de l’enfance, le monde politique semble se heurter aux réticences de certains acteurs ou lobbies. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui se réjouissent de voir apparaître, dans le premier rapport du Pacte d’excellence lancé par la Ministre de l’éducation Joëlle Milquet en janvier 2015, une motion stipulant que « les rythmes scolaires devraient faire l’objet de sérieuses améliorations. Cela pourrait déboucher, en particulier, sur une structuration différente de la journée (intégrant mieux les activités culturelles et sportives, par exemple) - voire des périodes. L’hypothèse de l’allongement de la journée scolaire (vers 16h30-17h) devrait inclure le rapatriement du travail personnel au sein de l’école et constituerait par ailleurs un bon argument en faveur d’une modération du volume des devoirs et leçons ».

Quelles actions concrètes pour quels effets ?

La grande inconnue reste donc l’opérationnalisation concrète de cette réforme. Si le sujet est une nouvelle fois l’objet des intentions ministérielles dans le cadre du Pacte d’excellence et de son processus consultatif, rien n’est encore annoncé quant à la réalité des changements opérés. Or, si des études [2] soulignent les bénéfices potentiels d’un réaménagement des temps scolaires pour les élèves en termes de lutte contre l’échec, d’amélioration de la motivation, et de diminution du stress et de la violence ; il faudra se pencher sérieusement sur le casse-tête chinois que constitueront les nouvelles grilles-horaires afin que chacun (apprenants comme enseignants) puisse mettre à profit le temps ainsi redistribué. Ainsi, les organisations de jeunesse pourraient être mises à contribution pour poursuivre la construction du lien avec le secteur socio-culturel. Le bien-être des jeunes, au service de leurs apprentissages, doit rester la préoccupation première des responsables politiques. Un regard critique doit donc être maintenu sur les gestes qui seront posés suite à ces premières annonces.

Nicolas Kovacs
Chargé de projets et relations extérieures
nkovacs@cjc.be




Pour plus d’infos : http://www.rtbf.be/video/detail_changer-le-rythme-scolaire?id=1960276

[1TESTU & FONTAINE (2001) « L’enfant et ses rythmes : pourquoi il faut changer l’école ? » Paris. Calmann-Lévy.

[2NICOLAS, DONNAY & CRAHAY (dir.) (2003) « Pour une amélioration qualitative des rythmes scolaires », Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation, Département Éducation et Formation, Université de Liège - Département Éducation-et Technologie, Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix.