L’austérité, on nous spolie !

Espagne, Grèce, Roumanie et Argentine partagent un point commun malheureusement peu enviable. Ces pays ont tous été soumis à un plan de rigueur imposé par des instances internationales, le plus souvent le Fond monétaire international, qui vise à diminuer la dette de ce pays. Cette « solution » est-elle pertinente ? Est-ce efficace ? N’existe-il pas d’autres alternatives ?

Pour une bonne compréhension, posons des bases claires. Selon le Larousse, l’austérité est une « politique économique visant à réduire l’ensemble des revenus disponibles pour la consommation, par le recours à l’impôt, au blocage des salaires, à l’emprunt forcé, aux restrictions de crédit et au contrôle des investissements. » En d’autres termes, il s’agit de diminuer les dépenses et d’augmenter les rentrées de l’État.

Quels sont les principaux défauts d’une telle politique ?

Nous l’aurons compris, l’austérité implique une augmentation de la taxation et une baisse des revenus disponibles. La création de richesse et la consommation s’en trouveront amputées d’une solide tranche. Deux conséquences directes surviendront : l’économie entrera en récession (ce qui risque d’amener à une diminution du bien-être des habitants) et les citoyens paieront moins d’impôts.
L’austérité augmente les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres. En période de vaches maigres, les politiques sociales sont mises à mal et l’État n’assume plus son rôle de redistribution. Cette situation ne concerne pas les plus aisés qui ne sont pas dépendants de cette politique et qui ont les épaules les plus larges pour supporter la crise.

Ces obligations de rigueur sont très régulièrement amenées par des instances dont la mission première n’est pas d’assurer une vie décente à chacun d’entre nous mais plutôt la survie du système financier actuel. Pour exemple, l’objectif premier du Fond monétaire international est de « veiller à la stabilité du système monétaire international, en d’autres termes, le système international de paiements et de change qui permet aux pays (et à leurs citoyens) de procéder à des échanges entre eux ». Peu importent les moyens, tant que le système reste en place.



La diminution de la dette, qui est le principal objectif visé par les différents plans d’austérité proposés aux pays en détresse financière, est invoquée pour rassurer les marchés financiers. C’est une fausse bonne idée car ce qui importe c’est plus la capacité de remboursement que le niveau d’endettement.

Penser aux gens plutôt qu’aux banques

Fort heureusement, l’austérité n’est pas la seule solution aux problèmes d’endettement des États. Un exemple bien connu est celui de l’Argentine qui, après de nombreux rebondissements, a décidé de refuser le plan proposé par le FMI et de se débrouiller seule. Elle a dévalué sa monnaie et restructuré sa dette [1]. Après quatre années difficiles, elle a très vite retrouvé le chemin de la prospérité.

Il n’est pas possible de revenir en arrière et de refuser de s’endetter à ce point. Par contre, nous pouvons être acteurs des décisions que seront amenés à prendre nos responsables politiques. Nous devons nous opposer à une austérité contraignante, injuste et aveugle. Parce qu’elle ne nous rendra pas heureux ni moins pauvre à l’avenir. Soyons solidaires avec tous ceux qui en ont besoin.

« Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles » (Max Frisch)

Pour en savoir un peu plus sur la problématique des dettes souveraines ? Vous trouverez ici un glossaire pour bien débuter votre appropriation.

Mathieu Biset
Chargé de projet - Cellule de soutien du CJC
mbiset@cjc.be

[1Pour simplifier, elle a exigé de ses créanciers qu’ils abandonnent 75% de leur dette