L’Eglise et ses sanctions

Le week-end dernier, le Primat de Belgique, André-Joseph Léonard, s’est exprimé une nouvelle fois sur l’affaire Vangheluwe, du nom de l’évêque Roger Vangheluwe, pointé pour des faits de pédophilie. Une interview qualifiée de choquante et scandaleuse au regard de la forte attente que le primat avait lui-même suscitée, a réagi la députée Karine Lalieux, présidente de la Commission spéciale de la Chambre sur les abus sexuels. Et la députée est loin d’être la seule à le penser…

Qu’il s’agisse d’hommes d’Église ou pas, lorsque des faits aussi graves sont commis, et qui plus est à l’encontre d’enfants, nous sommes tous en attente d’une sanction à la mesure de la faute. Et ce qui nous choque, en particulier dans la réaction de l’Église, c’est la légèreté des actes posés par l’institution suite à cette affaire.

Pourtant, pour Monseigneur Léonard, la sanction adéquate a été posée. En effet, il estime que Roger Vangheluwe a déjà été lourdement sanctionné par sa démission sans pouvoir faire ses adieux. De plus, à l’heure actuelle, il n’exclut pas que l’ancien évêque puisse être réduit à l’état laïc.

Que demander de plus à l’Église ?

Pour la société civile, les faits dont est accusé l’ancien évêque de Bruges sont prescrits. Ce qui implique que sur le plan légal, aucune sanction ne sera prise à l’encontre de l’abuseur. Dès lors, seule l’Église peut encore se positionner, en tant qu’employeur et institution morale.

En tant qu’employeur, l’Église a posé un acte important, puisque l’évêque a été démis de ses fonctions, et risque d’être défroqué. C’est l’ultime punition qu’un employeur peut porter à l’égard d’un membre de son personnel. De plus, cette punition est la seule possible actuellement au sein de l’Église.

Par contre, en tant qu’institution morale, nous en attendons bien davantage. Mais pourquoi sommes-nous dans cette attente ? Peut-être parce que nous ne sommes pas satisfaits de l’absence de suite donnée par la société civile. Et dès lors, nous nous retournons vers l’Église ?

Cependant, le fonctionnement de l’Église est basé sur le Pardon. Une valeur antinomique avec ce que beaucoup attendent d’elle aujourd’hui. De plus, n’est-ce pas rendre à l’Église un pouvoir qui n’est plus d’actualité, dans une ère où la séparation entre l’Église et l’État ne fait plus débat ? Comment demander à l’Église de suppléer la justice, quand nous refusons que notre premier ministre se rende à la Béatification de Jean-Paul II au nom de la séparation des pouvoirs ?

En tant que membres de nos OJ’s, nous sommes face à cette contradiction. L’Église prône des valeurs humaines qui sont bafouées par certains de ses responsables. Et pour cela, certains lui demandent d’agir en dehors de son pouvoir ou à l’encontre de ses valeurs. Plutôt que d’attendre les sanctions, pourquoi ne pas consacrer nos énergies à la source du problème et inciter l’Église à travailler sur la prévention et l’écoute de son clergé ? Cela correspond davantage à ses valeurs et prend dès lors plus de sens.

Vincent Buron
vincent.buron@icc-formation.be