Jeunes CSC (BW) : La démocratie de Nivelles à Caracas

Durant l’été, un groupe de Jeunes-CSC du Brabant wallon a passé trois semaines au Venezuela pour rechercher des pistes d’amélioration de notre modèle de société. Ils sont revenus enthousiastes et pleins d’idées pour mettre les citoyens en capacité de participer et militer et réveiller la démocratie.

« Le voyage au Venezuela a été éprouvant. Il y a là-bas d’énormes failles et on se dit qu’ici, on vit dans un cocon. Mais il y a aussi un formidable désir de participation que nous avons perdu. On allait chercher des outils pour améliorer notre société. Et là, notre voyage nous en a appris bien plus que ce nous étions allé chercher, explique Sophia Walravens, responsable des Jeunes-CSC du Brabant wallon. L’accueil de la population et le décalage par rapport à notre pays ont apporté au groupe une formidable richesse. Certaines de nos rencontres resteront gravées dans nos mémoires tant l’émotion était forte. Ici, le consumérisme ambiant pollue le système démocratique jusqu’à le réduire trop souvent au mercantilisme électoral et au clientélisme politique. L’expérience du Venezuela va nous permettre de développer des outils de sensibilisation à la participation citoyenne et, in fine, d’insuffler aux militants un engagement actif dans toutes les instances de la CSC et dans la Cité ».
Retour sur une expédition pas comme les autres.

Puiser aux expériences locales

Du 25 juillet au 11 août 2012, neuf Jeunes CSC, accompagnés d’un permanent chevronné du MOC, sont donc partis pour découvrir, analyser et vivre la démocratie participative à la vénézuélienne. Sâmia et Laetitia (étudiantes), Sonia (sans emploi), Céline et Corentin (travailleurs sociaux), Nhor et Gaëtan (professeurs de mathématique), Miguel (électricien), Johan (informaticien) et Jean-Pierre (permanent MOC du Brabant wallon), âgés de 22 à 33 ans et l’aîné de 65 ans, sont revenus débordants d’énergie et contents d’avoir été jusqu’au bout de leur projet. « Nous nous sommes appropriés quelques éléments complexes de la démocratie participative au travers d’expériences locales. Nous sommes à présent ultra-motivés pour concrétiser nos objectifs en transposant les exemples remarquables découverts là-bas. De plus, une délégation de Vénézuéliens avec qui nous avons eu des contacts particulièrement intéressants sera présente en Belgique pour soutenir les suites de notre projet ».
Tout avait commencé par des discussions à bâtons rompus sur les possibilités concrètes qu’ont les citoyens pour changer leur société. Dans le groupe, certains ont alors parlé du Venezuela comme d’un modèle de démocratie, alors que d’autres étaient sceptiques. Il faut dire que les médias présentent généralement et sans nuances le pays comme une dictature.

Vive la « capacitation »

Durant plus d’une année, les Jeunes se sont documentés. « Au fur et à mesure de nos recherches, lectures, rencontres, cinés-débats, nous nous sommes décidés à dépasser la polémique et à aller voir de nos propres yeux ce qu’il se passe réellement dans le pays de l’or noir, explique Sophia. Il faut dire que, pour nous qui voulons résister aux dictats du néolibéralisme, l’aspect révolutionnaire du pays offrait une perspective bigrement séduisante ». Les Jeunes ont alors préparé le voyage avec un incroyable sérieux. Ils ont suivi une formation sur la participation citoyenne et, en collaboration avec l’ASBL Periferia, ils ont construit une grille d’analyse. « Un élément clé qui rapproche cette association de nos partenaires du Venezuela, c’est la notion de « capacitation ». Ils s’agit d’accroître de manière durable les moyens des individus et des institutions afin d’améliorer leur aptitude à exercer des fonctions, résoudre des problèmes, fixer et atteindre des objectifs ». Cette notion est comparable à celle d’éducation permanente, si chère à la CSC. « Mais ici, malgré cette tradition forte et malgré le dé-tricotage actuel des acquis sociaux, force est de constater un désintérêt croissant des jeunes et des citoyens en général vis-à-vis de la militance, voire simplement d’une citoyenneté active » constatent les Jeunes CSC du BW. Ils pensent que, grâce au projet international qu’ils ont réalisé, ils pourront construire des outils de sensibilisation et ainsi participer concrètement à la consolidation de la CSC et de la démocratie.

De Caracas à Barquisimeto

Après ce voyage au cœur de la société vénézuélienne, les idées foisonnent ! « L’expérience a commencé à Caracas par un échange de bonnes pratiques avec nos partenaires syndicaux, CTV et Unete, sur la concertation sociale. Nous avons pris connaissance des dernières évolutions de la législation sociale locale qui réduit davantage l’écart salarial entre les bas et les hauts salaires. Ensuite, nous sommes allés dans le Guarataro, un barrio (quartier pauvre), où nous avons découvert des conseils communaux au fonctionnement tout différent des nôtres. Ils sont extrêmement participatifs et les gens du quartier s’approprient réellement la politique à développer pour améliorer leur milieu de vie. Les habitants sont des acteurs et non des consommateurs tels que nous avons l’habitude de voir par ici ».
Les jeunes ont découvert aussi un centre de formation de type EFT qui permet chaque année à des jeunes de la rue de se former et de trouver un travail. Dans le centre extrascolaire du quartier, ils ont vécu un moment d’intense émotion : « Là-bas, nous avons passé un peu de temps avec des enfants de 3 à 12 ans. Les gens du quartier s’organisent pour que les gosses ne traînent pas dans les rues d’un des barrio les plus dangereux de la capitale ». Les Jeunes CSC se sont alors rendus à Barquisimeto, où ils ont été reçus à Tamunangue Libre, une radio communautaire de la périphérie de la ville. « Là, nous avons découvert le fonctionnement de médias réalisés par des facilitateurs sociaux (les citoyens) et non par des journalistes. Nous avons également vécu une expérience extraordinaire lorsque nous avons passé une nuit dans un immeuble occupé légalement par des réfugiés ».

Un livre et un film en chantier

Ces différentes rencontres ont profondément marqué les Jeunes CSC. « Nous nous sommes imprégnés de l’esprit révolutionnaire de nos partenaires qui sont bien décidés à ne pas se laisser reprendre ce qu’ils ont acquis au cours de cette dernière décennie ». Le voyage s’est terminé à Maracay où un partenaire belge a mis les Jeunes CSC en contact avec deux universités, avec le parti d’opposition et avec un mouvement de troc. « Chaque fois, l’approche consistait à débattre et à analyser la démocratie participative pour mettre en lumière les éléments reproductibles chez nous. Nous rentrons prêts plus que jamais à relever le défi de démontrer qu’en « capacitant » davantage les militants et en exploitant les outils nés de notre expérience au Venezuela, nous pouvons influencer les citoyens, les aider à devenir des militants engagés à nos côtés ».
Les Jeunes CSC du Brabant wallon travaillent maintenant à un livre et un film qui développeront les différents points abordés dans cet article (information, formation, concertation, participation, capacitation…). Ils comptent les présenter lors d’une journée forum, prévue en février 2013. « En cette année sociale du premier congrès de la CSC wallonne, il est essentiel qu’un maximum de personnes prennent conscience de leur pouvoir de participer à la mise en place de politiques fortes pour un emploi de qualité pour tous, concluent-ils, enthousiastes. Les Jeunes CSC du Brabant wallon seront présents lors des débats, déterminés à faire vivre la démocratie socio-économique et propager les idées pour un autre modèle de société ».

Sophia Walravens

Responsable régionale Jeunes-CSC