Je lis, donc je suis

Le weekend dernier se tenait la 45ème édition de la Foire du Livre de Bruxelles dont le thème jeunesse était « Je suis les autres ». Voguerait-t-elle, avec ce thème, sur la vague de l’actualité ? Certainement… Et pourtant celui-ci a tout son sens.

Nous le savons, la construction de notre identité personnelle demande la présence des autres. C’est par les rencontres, les expériences communes et les échanges que les jeunes construisent leur identité, la révèle et la stabilise. Chaque enfant s’identifie à l’autre pour grandir.

La place du livre

Le livre est, depuis plusieurs centaines d’années, un vecteur d’apprentissage et de découvertes. Il permet d’appréhender le monde sous différents regards aussi variés que captivants. A l’heure où l’on se pose des questions sur ce que nous sommes et sur ce que nous voulons devenir, à l’heure où nos certitudes basculent et où on ne se reconnait plus, ni physiquement, ni socialement, le livre devient un partenaire dans la construction de soi. Selon l’écrivain Pierre Bergounioux : « Les bons livres nomment purement et simplement les choses qui nous arrivent et nous affectent d’autant plus que nous ne les comprenons pas vraiment. A côté de la sphère du sens commun, du commentaire hâtif, approximatif dont la lueur incertaine guide nos pas sur le chemin de chaque jour, il existe des versions approchées, amples, inouïes, étincelantes de notre expérience, celle que la littérature, et elle seule, est susceptible de donner. C’est là et nulle part ailleurs, que nous pouvons découvrir le sens de l’affaire à laquelle nous nous trouvons mêlés et qui tend à nous échapper parce que nous n’avons pas la force ou simplement le temps [1] . » Mais les livres permettent aussi de s’ouvrir aux autres, les contes et légendes permettent de développer notre imagination et ouvrent un ailleurs indispensable qui nous permet de mieux faire face au réel. « La vertu paradoxale de la lecture est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens [2] », Daniel Pennac.

La jeunesse et les livres sont-ils antinomiques ?

Les réseaux sociaux sont, pour les jeunes, un lieu important de sociabilisation et donc de construction. Mais force est de constater que la quantité et la rapidité de réflexion des idées véhiculées sur ceux-ci a pris la place sur leur qualité et leur profondeur. Prenons l’exemple des réactions en direct et commentaires face à l’actualité. Fort heureusement, le livre reste une alternative pour se construire et se réaliser. En effet, il propose plus de profondeur et des champs de réflexion plus construits que les réseaux sociaux.

Parallèlement à la Foire du Livre, la ministre de l’Education et de la Culture, Joëlle Milquet, a annoncé ce weekend l’élaboration d’un Plan lecture pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celui-ci visera un public large, de la crèche à l’enseignement secondaire et cherchera à remettre la lecture, documentaire et de fiction, au centre de l’apprentissage en se focalisant sur le plus jeune âge.

En abordant ce thème, la Foire du Livre nous rappelle l’importance de sensibiliser les jeunes à prendre le temps de découvrir livres et auteurs et d’étoffer leur vision de la société grâce à ceux-ci. En plus des actions de rencontre que nous menons au quotidien, n’oublions pas de prendre le temps de lire et d’inviter nos pairs à le faire.

Urielle Coeman
Chargée de communication du CJC
ucoeman@cjc.be

Sources : http://www.litteraturedejeunesse.cfwb.be

[1Pierre Bergounioux, « Comme des petits poissons »

[2Daniel Pennac, « Comme un roman »