Je fais, donc je suis ?

Dur dur de trouver un boulot ! C’est la crise : les politiciens et les journaux nous le répètent à l’envi, ça doit être vrai… Les jeunes sont l’une des principales victimes de cette situation. Victimes ou coupables du chômage ? La question est parfois posée. Mais au-delà de ce constat, pourquoi les personnes « inactives » sont-elles parfois perçues négativement ?

Dans notre société occidentale, on peut dire, d’une certaine manière, qu’on est ce qu’on fait. Imaginez : vous entamez la conversation avec quelqu’un que vous rencontrez pour la première fois. Vous lui demandez son nom, peut-être d’où il vient, mais plus encore, ne souhaitez-vous pas savoir ce qu’il fait ? Quel type de job il a ? Il s’agit d’une information importante pour nous, car nous avons besoin de savoir dans quelle case placer les personnes que nous rencontrons. La profession, bien souvent liée à un statut social, est un élément tout à fait déterminant dans notre perception des personnes. En effet, nous avons tous nos représentations, une grille de lecture qui nous dit comment agir et réagir en société. Un peu comme dans ces films de science-fiction dans lesquels les robots analysent ce qu’ils voient pour déterminer s’il s’agit d’un ennemi ou d’un ami (cfr. Oblivion ou encore Robocop).

Dès lors, que se passe-t-il quand quelqu’un n’a pas de profession ? Qu’il est chômeur ou qu’il dépend du CPAS ? C’est bien simple : d’une certaine manière, il n’existe pas… En cette période difficile pour nos jeunes diplômés à la recherche d’un emploi, cette manière d’appréhender la société est catastrophique et génératrice de bien des mal-être, puisqu’être chômeur peut être perçu comme « ne pas être ».

Le mal-être suscité par la situation économique difficile dans nos pays occidentaux est important à cause du taux de chômage tournant autour des 12%.

Mais qu’en est-il dans des pays où le taux de chômage est encore plus élevé ? L’emploi, celui des jeunes notamment, est un enjeu essentiel là aussi. Mais dans les pays où l’économie informelle fait vivre la majorité des personnes, où on achète quelque chose pour le revendre un peu plus cher un peu plus loin, comment est-on perçu quand on n’a pas de job-description précise ou de fonction claire ? Dans ces sociétés, il semble que la façon d’appréhender l’autre est différente. Dans la rencontre de l’autre, ce n’est plus tant le métier qui importe mais bien la place que l’on occupe, notamment, par rapport à la famille. La question importante n’est donc pas « que fais-tu ? », mais plutôt « de qui es-tu le fils » ? Il s’agit de l’analyse de Clair Michalon (cfr. Différences culturelles – Mode d’emploi, Clair MICHALON, Sepia, 1997), qui fait la distinction entre les sociétés de « précarité » et les sociétés dites de « sécurité » dont la caractéristique est d’avoir le droit à l’erreur. Selon lui, la civilisation occidentale a réussi, à un moment de son histoire, à produire plus de nourriture que nécessaire rendant possible les essais et les erreurs. Dans ces sociétés, l’initiative est considérée comme une valeur importante tandis que dans les sociétés de précarité, elle est considérée comme un danger. Au sein de ces dernières, la logique est conservatoire (« tu feras comme ton père »), alors que dans les sociétés de « sécurité », la logique opérée est évolutive (« tu feras mieux que ton père »).

En conclusion, la prochaine fois que vous entamerez la conversation avec quelqu’un pour la première fois, essayez de ne pas lui demander ce qu’il fait ou au moins de ne pas vous focaliser sur cet aspect de son identité. Vous verrez, ce n’est pas forcément facile mais c’est tout aussi intéressant !

Xavier Manche
Conseil Jeunesse Développement
xavier.manche@cjdasbl.be