Je buzz donc je suis : la dictature de la popularité

Les nouvelles technologies de l’information facilitent le partage de l’information. Celui-ci a des répercussions sur la manière de considérer la qualité d’une information. Cette qualité peut s’entendre sur la manière de juger si une information mérite d’être diffusée…Aujourd’hui dans nos sociétés connectées, comment se choisit la diffusion d’une info ? Info ou buzz, telle est la question !

Une info, c’est quoi ?

Par définition, c’est un fait nouveau, inédit. Mais des faits nouveaux se produisent tous les jours en grand nombre ! La vraie question est alors, qu’est-ce qui fait qu’une information mérite d’être diffusée ?
Souvent, la première idée qui vient, c’est que cette information intéresse largement le public visé. En journalisme, voici les critères retenus pour diffuser une information : l’opportunité, l’impact, la controverse, l’insolite, la notoriété. Le public visé influence également la sélection des informations. Une émission de radio pour jeunes ne transmettra pas les mêmes infos qu’un journal économique visant un public professionnel. Les publicitaires et les responsables marketing le savent bien : ils ciblent les produits à promouvoir en fonction du public.

Les notions d’importance et d’intérêt semblent donc liées à l’information. Mais il n’est pas toujours facile d’évaluer cette importance… Les médias sociaux ont fourni un outil intéressant : les likes et les partages. Si beaucoup de personnes relaient un fait, ce dernier semble digne de devenir une information, non ? Elle intéresse largement le public visé, comme nous l’avons vu plus haut. C’est donc un nouveau critère qui s’ajoute à la liste : la popularité. Si un grand nombre de personnes relaient une information, c’est qu’ils la trouvent intéressante.

Ce critère est-il pertinent ?

Un exemple vaut mieux qu’un long discours…. Imaginez qu’une adolescente poste ses états d’âme sur Facebook… Elle confie son mal être et parle de suicide dans une vidéo diffusée en ligne. Dans les heures puis les jours qui suivent, un véritable mouvement de foule se met en place, se montrant tantôt compatissant, tantôt violent ou agressif ; plusieurs dizaines de milliers de personnes s’abonnent à sa page, des vidéos sont publiées sur le sujet, des comptes Twitter sont créés, des groupes de soutien ou de moquerie sont largement commentés, chaque publication sur sa page provoque des milliers de partages et des centaines de commentaires, même les publications les plus insignifiantes comme deux points « .. ». L’affaire déborde hors du virtuel : la police reçoit des très nombreux appels de personnes inquiètes pour la jeune fille. Le scénario paraît peu réaliste ? Pourtant, il s’est réellement produit !

Qu’est-ce qui a fait l’information ?

Le fait que 56.000 personnes s’y intéressent. L’information dans ce cas, c’est le fait de faire le buzz. Intéressante mise en abîme…

L’info, c’est le buzz ?

Le buzz est une technique marketing consistant à faire du bruit « médiatique » autour d’un évènement, d’un produit, d’une offre. Dans certains cas, comme celui de la jeune fille ci-dessus, le fait d’être diffusé constitue l’information en elle-même. Le contenu n’a plus eu d’importance.

Choisir ou subir l’info ?

Le problème du buzz, c’est qu’il ne différencie pas le bien du mal, le faux du vrai, le bénéfice de l’inconvénient, la nuance de la généralité. Les responsables de certaines stars, et les stars elle-même le savent bien… Ce qui compte, c’est que l’on parle d’elles, en bien ou en mal ! Que ce soit pour avoir participé à une œuvre de bienfaisance, pour ses frasques esthétiques, pour une apparition en état d’ébriété (vraie ou simulée !), pour une annonce de naissance ou de mariage, pour un coming out, ou pour avoir participé à une émission dans laquelle les présentateurs se moquent d’elles pour leurs réactions stupides ou décalées…

Les beaux principes journalistiques prennent du plomb dans l’aile et sont donc biaisés par le partage, parfois sauvage, de l’information. Si c’est relayé par beaucoup de monde, c’est que c’est intéressant... sauf que certains « likent » ou partagent dans un cadre de loisir, en dilettante. Une vidéo nous fait rire, nous détend, nous touche, et nous la partageons. Le raccourci est vite fait d’en déduire que c’est par intérêt. Parfois, c’est juste pour nous tenir au courant, et savons que c’est une bêtise.

Si nous sommes choisis comme ‘internaute témoin’ et que les informations que nous relayons sont sélectionnées pour un journal télévisé, choisirions-nous les mêmes vidéos ? Contrairement à ce que l’on peut avoir lu ou entendu, un clic engage ! Il donne l’illusion qu’une information a de l’intérêt. Parfois, on a envie de savoir parce que les autres en parlent. Et, en parlant de cette information, nous renforçons l’envie d’autres personnes de savoir…

Soyons vigilants à ce sur quoi nous cliquons ! Renforçons les buzzs qui en valent la peine, et laissons les autres s’éteindre…

Cédric De Longueville
Permanent pédagogique
cedric.delongueville@resonanceasbl.be