11/09/2008

J’ai vu le film "Waltz with Bashir"

Il y a deux ans, à l’été 2006, le Liban était secoué par les bombes israéliennes. Une fois de plus. Car il y a vingt-cinq ans, l’armée israélienne était déjà à Beyrouth, la capitale du Liban. Certains d’entre nous se souviennent, au moins vaguement, des images au journal télévisé. Et puis deux noms, qui revenaient tout le temps. Et qu’on a retenus sans les comprendre à l’époque. Sans pleinement pouvoir les comprendre. Sabra et Chatila.

Hier est sorti un film revenant sur ce temps-là. Un film courageux. Un film magnifique.

Un film israélien.

Un film d’animation. Un documentaire d’animation, en fait. Pari osé, presque fou, que de vouloir approcher une telle réalité au moyen d’images dessinées, recréées. Pari finalement sensé, puisqu’il permet de compléter les témoignages – également redessinés – par des représentations directes des expériences relatées. Par des images oniriques, hallucinées, qui ne sont peut-être pas inventées. Juste partagées.

Pari réussi. Courageusement. Magnifiquement.

Sabra et Chatila. Deux camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth-Ouest. Où des centaines, des milliers peut-être de personnes, hommes, femmes, enfants, de tous âges, de tous âges, ont été massacrés en une nuit, entre le 16 et le 17 septembre 1982. Par des milices libanaises chrétiennes ultranationalistes. Pour venger bestialement leur président tout récemment élu, Bashir Gemayel, assassiné le 14 septembre.

Sabra et Chatila étaient alors ceinturés par l’armée israélienne. Qui a laissé faire. Presque encore pire que d’y participer. Le commandant de ces forces, qui savait tout, lui ? Un certain Ariel Sharon.

Ari Folman, le réalisateur de Waltz with Bashir, a donné la parole aux soldats israëliens présents cette nuit-là. Et dont il a lui-même fait partie. Des jeunes, de 19 ou 20 ans. Qui ne se sont pas rendus compte. Des esprits embrumés, tétanisés même par plusieurs mois de service actif au Liban. Des esprits qui, vingt-cinq ans après, trichent encore avec la réalité. Jusqu’à l’hallucination. Certainement pas pour se justifier. Juste pour tenir le coup.

Ari Folman a construit son film de manière parfois déroutante, mais surtout efficace. Et même implacable. En évoquant d’abord la vie de ces jeunes miliciens baladés entre le surréalisme tragi-comique des moments creux et l’horreur de la violence inopinée d’une guerre où la mort est tout à la fois évidence et totale surprise. Pour n’en venir que graduellement au dénouement que l’histoire connaît par cœur jusqu’à en saigner. Sabra et Chatila.

Sans parler de fautes de goût, ce film a ses faiblesses. Disparaissant aisément à l’ombre de ses qualités, et surtout de quelques splendides scènes crépusculaires. Persistance d’une intensité dont l’honnêteté ne peut que hanter. Longtemps.

Il faut se préparer pour voir ce film. Mais il faut le voir. Au moins pour savoir qu’Israël est, à l’image des Etats-Unis, un peuple tout aussi humain que n’importe quel autre mais sous la coupe d’une minorité de fanatiques militaristes qui s’est accaparé, on ne sait trop comment, une indécente respectabilité internationale. Je réserve plutôt mon respect à cet autre Israël dont Ari Folman a l’honneur d’être un brillant représentant.

Dessin animé. Des sangs animés. Du sens animé aussi. Beaucoup de sens. Allez voir Waltz with Bashir.

Benoît