Informations occultées, esprit critique désavoué ?

Depuis deux semaines à présent, les médias belges et européens relayent sans cesse les mêmes informations : les attentats de Paris, les enquêtes y étant liées et les mesures gouvernementales prises face aux menaces sur le territoire belge. Peu voire pas de nouvelles du reste du monde… A croire qu’en quelques jours nous sommes devenues les seules nations peuplant la planète. Il est vrai que la France et la Belgique ne sont pas des états reconnus comme étant en guerre et que par conséquent leurs situations peuvent sembler plus graves que celles vécues en Syrie, Irak et autres où, après tout, être en conflit peut presque s’apparenter à une coutume …

Un soutien limité à la France ou l’expression d’une manifeste préférence médiatique ?

Au lendemain des attentats de Paris, les manifestations de soutien se sont multipliées : bon nombre d’utilisateurs Facebook ont affiché le drapeau français sur leur photo de profil et différentes nations ont projeté les couleurs de la France sur leurs bâtiments nationaux. Pourquoi ce soutien particulier ne s’est-il pas manifesté au lendemain de l’attentat de Tunis ? C’est la question qui fut relayée par quelques internautes. Ce silence de la toile a d’ailleurs incité plusieurs Tunisiens à se rendre hommage eux-mêmes en créant des montages photos afin de faire apparaître le drapeau tunisien sur plusieurs monuments à travers le monde. Il est, néanmoins, nécessaire de nuancer le propos car plusieurs personnes, même si cela fut dans une moindre mesure, ont également choisi d’afficher, sur leur profil, un drapeau composé des couleurs des divers pays endeuillés.

Cette empathie manifeste pour certaines populations s’explique sans doute par l’importance accordée aux médias à certains évènements.

Quatre types de critères conduisent les journalistes à sélectionner certaines informations plutôt que d’autres : l’actualité de l’événement, la proximité (est-ce que l’information touche à la vie concrète du public ?), l’importance de l’information (est- ce que l’événement aura des conséquences sur la vie du public ?) et l’intérêt humain (les faits relatés sont-ils susceptibles d’engendrer des sentiments tels que la peur, le chagrin, la générosité… ?)

Ces critères expliquent les choix stratégiques opérés par les médias qui sont également soumis à la concurrence et, dans ce sens, choisissent de traiter les sujets susceptibles d’intéresser le plus grand nombre. Néanmoins, ces critères et cette logique marchande ne légitiment pas tout comme ils n’excusent pas l’ignorance et l’absence de compassion pour des peuples moins proches géographiquement de la Belgique. Les Syriens, Irakiens ou Yéménites, pour ne citer qu’eux, ne méritent pas davantage que les Européens de périr sous les bombes ou dans des attentats.

10 Décembre

En 1950, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 10 décembre Journée des droits de l’homme avec pour objectif de promouvoir auprès de tous les peuples la Déclaration universelle des droits de l’homme comme idéal commun à atteindre par tous et par toutes les nations. Soixante-cinq ans plus tard, une seule journée semble bien insuffisante face aux violations emblématiques des droits humains vécues par de nombreux hommes et femmes aux quatre coins du monde dans une indifférence quasi générale.

Ce 10 décembre prochain, tous les citoyens du monde seront invités à s’unir contre l’oubli et à soutenir les personnes menacées. Une journée par an donc où l’ensemble de la population est amenée à prendre en compte et à se préoccuper du sort d’autrui et ce, même s’il ou elle demeure dans une contrée lointaine.

CRACS pour tous, tous pour CRACS

En tant que CRACS (Citoyen Responsable Actif Critique et Solidaire), il est possible de changer cet état de fait et de participer à la sensibilisation quotidienne de chacun, chacune.
De quelle manière ? En informant les jeunes qui sont présents dans les organisations de jeunesse, en les accompagnant dans le développement de leur esprit critique face aux informations véhiculées par les médias et gouvernements, en les sensibilisant au vécu difficile de certaines populations qui se voient assimilées aux actes barbares commis par des extrémistes.

Parce qu’être CRACS participe à la construction d’un sentiment d’identité et de responsabilité collective …

Florence Vandesteene
Permanente pédagogique
florence.vandesteene@resonanceasbl.be