Information, es-tu là ?

Aujourd’hui 13 heures, j’allume la télé et tombe sur le J.T. Après trente minutes au cours desquelles j’ai pu rencontrer Germaine, une pensionnée qui n’arrive pas à joindre les deux bouts et Édouard qui fait des collections bizarres, j’ai l’impression de ne pas savoir ce qui se passe dans le monde. Est-ce que j’attends ce genre d’informations quand je regarde le JT ? Est-ce qu’il correspond à ma conception de ce qu’est une information ? La fonction citoyenne des médias n’est-elle plus ? Qu’est-ce qui conditionne une telle sélection de l’information ?

Comment l’info est-elle sélectionnée ?

Avant de parvenir à nos yeux et nos oreilles, les informations passent par de multiples intermédiaires : les journalistes de « terrain » qui recueillent l’info, les agences internationales et nationales qui les centralisent, les chefs de rédaction sélectionnent les sujets et le journaliste chargé de mettre en scène l’info en fonction de la ligne éditoriale de son « canard ». Autant d’intervenants qui vont pratiquer la méthode de l’entonnoir et opérer un premier tri dans la masse d’information.
Vérité, objectivité, universalité…telles sont les bases de la déontologie du journalisme qui permettent de guider les médias. Or, les journalistes, bien qu’ils tentent d’être le plus neutre possible, restent des hommes. L’objectivité totale n’existe pas : le fait de rendre compte, comprendre et d’interpréter une information, c’est déjà reconstruire la réalité et donc, en quelque sorte, la déformer…
Le « consommateur » joue aussi une part importante dans les choix faits par les médias... Dans une société où tout va de plus en plus vite et où le sensationnalisme a une place prépondérante, les médias adoptent d’autres critères qui répondront aux attentes et aux désirs de ses destinataires : le principe du mort-kilomètre [1], l’identification [2], l’originalité, l’insolite…

Une trop grande pression économique ?

L’économie dirige de plus en plus notre société et les médias n’y font pas exception. De plus, avec les nouveaux canaux de communication tout va très vite ; il faut servir l’info le plus rapidement possible. On assiste à une course de plus en plus effrénée au scoop, au sensationnel, bref, ce qui fera vendre et rentrer de l’argent dans les caisses… Cette marchandisation de l’information pourrait donc donner lieu à une certaine autocensure pour causes économiques : souvent, les sites web des médias publient l’info des agences de presse avant qu’un journaliste ne la retravaille.

Et la publicité dans tout ça ?

Environ 80 % des ressources financières d’un journal viennent de la publicité et des actionnaires. Les responsables marketing ont donc un certain poids et on pourrait se poser la question du conditionnement de l’information soumis à la pression des groupes commerciaux qui visent un public bien précis. En outre, les encarts publicitaires sont insérés avant les articles et déterminent leur emplacement et leur longueur ! Il devient de plus en plus délicat de ne pas froisser les annonceurs… Cependant, il est à noter que la pub permet aussi la viabilité des médias et donc leur pluralité. Or, ce principe garantit la démocratie en limitant la censure, notamment des États. En outre, en Belgique, il existe un code d’autorégulation publicitaire dans lequel les journaux s’engagent à diffuser des publicités qui respectent certains principes idéologiques.

Et la fonction citoyenne dans tout ça ?

Le citoyen responsable doit pouvoir prendre position, critiquer, faire des choix… et donc s’informer ! Cependant, la sélection des informations dans un journal, les enjeux économiques auxquels il est soumis, la subjectivité naturelle du personnel qui en fait partie ont une influence sur la manière dont est choisie et présentée l’information Ces différents filtres peuvent donner l’impression d’une transformation très importante… voir une déformation ? Doit-on donc accuser les journaux de ne pas remplir sa mission citoyenne ? La réponse à cette vaste question semble difficile à donner.
Il est vrai que les médias ne peuvent rendre compte de la totalité des informations et doivent faire des choix, qui sont de plus en plus soumis à la pression économique (la disparition de la presse militante est due aux contraintes financières). Néanmoins, dire que les journaux sont responsables de la « décitoyennisation » de la société semble un raccourci vite fait… N’est-il pas du devoir du CRACS de diversifier ses sources, recouper les informations et mener un véritable travail d’investigation s’il ne veut pas prendre l’information pour argent comptant ? D’autant plus que, dans notre société hyper médiatisée où les mines d’informations ne manquent pas.
N’est-il pas possible de faire des recherches rapidement et lire des points de vue venant de différentes sources ?

La seule certitude, c’est que « les journaux n’auront jamais de fonction citoyenne que dans la mesure où nous les abordons avec un œil citoyen » (Michel Boumal).

Guillaume Hannecart
Animateur pédagogique
guillaume.hannecart@resonanceasbl.be

[1principe selon lequel plus un fait est proche de nous, plus il nous intéressera

[2principe selon lequel une information nous intéressera car elle correspond à nos conceptions économiques, politiques, sociale…