Immobilisme politique ou desseins animés ?

On pensait qu’il nous ferait rire, mais ça fait plusieurs mois maintenant qu’il nous fait peur. On le trouvait « décalé », « un peu fou », « pas très crédible ». Même sa candidature, en juin dernier, ressemblait à une farce. On a ri, au début, de ses sorties de pistes, de ses inconduites. Aujourd’hui, ses frasques révèlent une fresque peu glorieuse, d’une certaine Amérique qui doute, qui craint et qui remet son destin entre ses mains. Depuis, en effet, Donald Trump ne fait plus rire personne !

Dernière sortie médiatique en date : "Il a parlé de mes mains en sous-entendant que si elles étaient petites, autre chose devait être petit. Je vous garantis qu’il n’y a aucun problème" [1]. C’est fin, léger, nuancé. Mais faire une campagne électorale en tirant sur la braguette d’une partie des électeurs n’est pas le coup bas le plus fort. Si on lui reconnaît un humour léger, ses mesures, elles, sont lourdes de conséquences. Construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique, rétablir la torture, interdire l’entrée des musulmans sur le territoire américain, … [2] ne sont que quelques unes des idées de dingo de Donald. Derrière elles, rien pour les soutenir. Trump n’a pas de programme, il n’a que des boucs émissaires. Seules comptent la traque des immigrés et les économies émergentes dont il veut protéger l’Amérique en rétablissant des frontières physiques et douanières.

Ils lancent ses idées comme des bombes. Au sens propre, comme au (dé)figuré. Selon lui, libérer les villes qui sont sous l’emprise de l’Etat Islamique se résume en une lettre et deux chiffres : B-52 ! Ou comment libérer des populations entières… en les rayant de la carte. Oui, définitivement, il y a des idées tuent !

Mais l’intérêt ici n’est pas tant de commenter ses frasques que de s’interroger sur… ses alliés ! Donald Trump n’existerait pas sans ses électeurs. Et il se trouve que, pour supporter ses idées, les soutenir et les encourager, 35 % des intentions de vote, en janvier dernier, lui étaient dévouées [3]. Qui sont ces électeurs potentiels ? Des Américains issus de la classe moyenne, blanche et paupérisée. Des Américains qui souhaitent une vraie rupture avec la politique menée jusqu’à lors, incarnée notamment par Hilary Clinton.

Quel sacré séducteur, ce Donald !

Le candidat républicain ne séduit pas tant sur le fond, que sur la forme ! Trump, par son audace, casse l’image de l’homme politique s’illustrant par des discours considérés comme trop lisses, trop politiquement corrects par des Américains déçus par la politique. C’est l’homme qui ose tout et qui donne l’impression de « parler vrai », d’être authentique et de comprendre les réels problèmes des Américains auxquels il promet qu’ils seront bientôt aussi riches qui lui. Trump, c’est le goût du « show », de la mise en scène, de la réplique qui claque devant les caméras. Trump domine également sur les réseaux sociaux. Chacun de ses propos chocs est relayé que ce soit pour l’appuyer ou le contester. Dans les deux cas, on parle de lui, mais pas des enjeux sociétaux.

Sur le fond, Donald Trump souhaite réincarner le rêve américain. Une certaine vision du rêve américain… Une Amérique « débarrassée » des hispaniques et des musulmans, une Amérique d’hommes et de femmes qui réussissent, une Amérique qui appartient, à nouveau, aux gagnants, pas aux losers.

“Make America great again” (“Redonner à l’Amérique sa grandeur”). “Nous sommes la risée du monde entier. Le rêve américain est mort. […] Mais je suis allé à la Wharton School of Business. Je suis une personne vraiment intelligente. Tout est possible” déclarait-il [4].

Aux Etats-Unis, les rêves de démocratie tournent au cauchemar. Menacée par des idées populistes, l’heure n’est plus aux débats d’idées, aux vraies confrontations, aux idées argumentées qui font vivre la démocratie. Les débats d’idées ont laissé place aux ébats d’idiot… laissant là des Américains désabusés.

Quand le « rêve américain » s’importe chez nous …

Donald Trump, le symbole d’une culture américaine bien loin de la nôtre ?

Certes, il ne faut pas comparer ce qui ne peut l’être... Mais l’envie d’autre chose, d’une politique qui entre enfin en rupture avec les hommes et les femmes depuis trop longtemps sur nos écrans, l’envie de se laisser aller aux raccourcis à des problèmes perçus, à raison, comme – à priori - insolubles… sont les même tentations auxquelles nous sommes soumis.

La crise des migrants, la radicalisation des jeunes qui partent combattre en Syrie, la question du nucléaire, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne… Autant de questions aux réponses qui ne s’imposent pas d’emblée. Elles convoquent chacun, en tant qu’homme et femme, en tant que citoyen, et demandent de comprendre, de réfléchir et d’agir en conséquence.

Trump aux Etats-Unis, d’autres, chez nous – à travers leurs discours tonitruants nous réveillent et nous anesthésient dans le même temps - empêchant cette compréhension, cette réflexion et cette action, indispensables à la démocratie et à la liberté de l’individu de choisir ! Au pays de Mickey Mousse, Donald trompe !

Vinciane Hubrecht
Animatrice pédagogique - Résonance
vinciane.hubrecht@resonanceasbl.be