Homo, citoyen, don de sang,… Cherchez l’intrus !

Depuis la découverte du virus du Sida, il y a près de trente ans, les gays sont exclus du don de sang. En Belgique, tout comme en France, l’interdiction est radicale et permanente. La question de l’exclusion des homosexuels, uniquement masculins, comme donneurs de sang nous interpelle. L’amalgame entre séropositivité et homosexualité est toujours présent dans nos sociétés. Quels sont les critères de sélection des donneurs ? Pourquoi une telle discrimination envers les homosexuels ? Comment préserver la sécurité des transfusions sanguines sans stigmatiser toute une communauté ?

Une circulaire européenne de 1983, et revue en 2004, exclut au nom du « principe de précaution » les homosexuels masculins du don de sang, du seul fait de leur orientation sexuelle.

Concrètement, sur le site de la Croix Rouge de Belgique, sont explicitement mentionnées les recommandations suivantes : ne donnez pas votre sang si vous êtes un homme et que vous avez eu des rapports sexuels avec un homme. Plus bas, attendez 4 mois si vous avez des partenaires occasionnels et/ou que vous avez changé de partenaire.

Remarquons que ces recommandations ne pointent pas nécessairement les lesbiennes. D’autre part, la situation des hétérosexuels est mise à part ! Même s’ils ont des comportements à risque, ils ne sont pas exclus définitivement mais sont invités à patienter quelques mois… seulement !

Citoyen à moitié ?

Cette interdiction pure et simple est paradoxale à l’heure où les droits des homosexuels sont élargis. Les homosexuels ont le droit comme tout autre citoyen de s’unir ou d’adopter des enfants. Ils sont par conséquent considérés comme des acteurs à part entière de notre société.

Cependant, cette même société leur refuse d’agir en personne responsable et d’accomplir un acte citoyen. Donner son sang relève du don de soi, c’est par conséquent un acte citoyen réfléchi et responsable. Pourquoi pour certaines matières, les homosexuels seraient autorisés à les accomplir et non pour d’autres ? Un homme est un homme, change-t-il fondamentalement en fonction d’une problématique ?

Discrimination ou sécurité sanitaire

Le ministre flamand, Pascal Desmet, parrain de la campagne du don de sang de la Croix-Rouge en 2009 et tout en même temps homosexuel, ne peut montrer l’exemple en donnant son sang.

C’est l’occasion pour le parti Ecolo de rappeler sa position et de dénoncer cette situation. Pour les Verts, la ministre de la santé, Laurette Onkelinkx, doit agir. Le questionnaire de la Croix Rouge soumis au donneur a pour objectif d’écarter les comportements à risque et ne doit pas stigmatiser une communauté, la gay en l’occurrence.

Or, aujourd’hui encore, les critères de sélection des donneurs ne permettent pas d’évaluer le risque de contamination du sang en fonction des moyens de protection utilisés lors de rapports sexuels. Jusqu’ici, rien a été décidé et par conséquent rien n’est modifié.

Ecolo demande que le procédé de sélection des donneurs soit revu : « Il faut exclure du don de sang toute personne (hétérosexuelle ou homosexuelle) adoptant des comportements risqués pour le receveur, sans stigmatiser d’emblée un groupe entier de donneurs sur base de leurs comportements sexuels présumés. La sécurité transfusionnelle est parfaitement compatible avec l’adoption de critères de sélection non discriminants. Ce débat doit donc être élargi et ne pas se limiter à une communauté.

Tout citoyen doit agir en prenant ses responsabilités et en mesurant les risques ou non qu’il fait courir aux autres par le don de son sang. Cela incombe à tous les citoyens d’agir autant que faire ce peu en CRACS et cela n’a rien avoir avec une orientation sexuelle.

Pascale Tielemans
Permanente pédagogique
pascale.tielemans@resonanceasbl.be