Guerres et gsm

Guerres et gsm ? A priori, le lien entre conflits armés et nos portables ne saute pas aux yeux ! En quoi nos petits bijoux technologiques pourraient-ils jouer un autre rôle que celui de faciliter la communication, en ce compris en temps de guerre ? Si l’on creuse, on trouvera pourtant une série de bonnes raisons de s’attarder sur ce lien…

Le téléphone portable, un condensé de minerais

En premier lieu, on peut ouvrir le boitier et se demander de quoi est fait notre téléphone (ou ordinateur d’ailleurs). Il est de plus en plus connu, aujourd’hui, que l’un de ses composants essentiels est le coltan, un minerai composé de deux minerais associés (colombite et tantalite) dont il est souvent question car une bonne partie de ses réserves mondiales se trouve à l’est de la République Démocratique du Congo, région rendue tristement célèbre par les incessants troubles l’agitant depuis 20 ans. Voici qu’un premier indice apparait déjà…

Mais sait-on également que pas moins de 25 minerais différents sont nécessaires à la construction d’un téléphone portable ? Cuivre, étain, nickel, cobalt, la liste est longue… Tous ces minerais sont épuisables et beaucoup sont en voie de pénurie face à l’augmentation constante de la demande mondiale. Qui dit augmentation de la demande dit aussi stratégies de prédation… Or la plupart des réserves mondiales de ces minerais « stratégiques » se trouvent dans les pays du Sud, dont les gouvernements sont rarement à même de réagir à cette pression en protégeant leur population.

Un bilan humain et écologique désastreux

Paradoxalement, alors que la RDC regorge de plus de 1100 substances minérales naturelles, ce pays continue à se placer à la dernière place du classement de l’indicateur de développement humain (IDH) [1], un indicateur qui agrège, en une seule donnée, trois critères de qualité de vie : la durée de vie, le niveau d’éducation et le niveau de vie. Ce constat s’applique également à bon nombre de pays riches en ressources naturelles : en 2013, le Sierra Leone se situait ainsi en 177e place (sur 187), le Liberia à la 174e et la Côte d’Ivoire à la 168e.

La vie des populations de ces pays est en effet marquée par les nombreuses conséquences néfastes de l’exploitation des ressources : dégâts environnementaux, risques pesant sur la sécurité alimentaire, problèmes sanitaires, violences sexuelles, enrôlement d’enfants.... Les impacts négatifs de l’exploitation minière pèsent quotidiennement sur les citoyens. Auxquels s’ajoutent, dans bien des cas, les conflits armés. Si le conflit en RDC, qui s’enlise depuis les années 90, n’a pas été provoqué par la recherche d’accès aux ressources, il est indubitablement alimenté (en durée et en intensité) par celle-ci. Angola, Libéria, Soudan, les exemples de conflits armés extrêmement violents en lien avec la prédation des ressources ne manquent pas.

Une « malédiction des ressources naturelles » inéluctable ?

Le tableau est noir, et pourtant… Propositions législatives, campagnes de sensibilisation ou de dénonciation, mécanismes de traçabilité, de transparence financière, efforts de recyclage, investissements responsables, différentes initiatives existent en vue de rompre ce lien entre exploitation des ressources naturelles et conflits. Relevant globalement de trois grandes approches - la bonne gouvernance, la responsabilité sociétale des entreprises et la consommation responsable -, elles cherchent le plus souvent à influencer les entreprises responsables de l’exploitation et impliquent un rôle actif de régulation de la part de l’Etat concerné. Elles peuvent également relever de la responsabilité individuelle et faire l’objet d’un travail de sensibilisation.

Il n’existe en tous cas pas une mais de multiples solutions pour tenter, en RDC comme ailleurs, d’atténuer les impacts d’une mauvaise gestion des ressources naturelles et éviter que celle-ci ne dégénère ou n’alimente les conflits. Les différents acteurs concernés – en ce compris les consommateurs – doivent joindre leurs efforts pour parvenir à un changement véritable !

Quelques conseils pratiques pour une consommation responsable
1. Avant d’acheter un nouveau GSM, posez-vous la question de savoir si vous en avez vraiment besoin. En Belgique, nous changeons de GSM en moyenne tous les dix-huit mois, alors qu’il fonctionne encore.
2. Si vous ne pouvez résister à la dernière nouveauté, donnez une seconde vie à votre GSM. Offrez-le ou revendez-le !
3. Renseignez-vous lors de l’achat de votre téléphone sur l’origine des composantes des différents GSM ainsi que sur les marques les plus éthiques ou, à défaut, les moins condamnables. Vous pouvez aussi craquer pour un « Fair phone ».
4. Si votre GSM est hors d’usage, dirigez-vous vers des organismes fiables pour le réparer ou le recycler. Voici quelques pistes : CF2D, Ressources, Tac Tic Informatique, Et si on réparait ?
5. Enfin, soutenez les associations – comme la Commission Justice et Paix – qui poursuivent un travail de recherche et d’interpellation !

Pour plus d’infos à ce sujet en surfant sur le site www.justicepaix.be !

Laure Malchair
Commission Justice et Paix Belgique francophone
laure.malchair@justicepaix.be

[1Rapport des Nations-Unies de 2013