Fracture électrique…

Depuis le 1er avril, la T.V.A. sur l’électricité est passée de 21% à 6%. Cette mesure issue du pacte de relance du gouvernement semble, à priori, une bonne nouvelle pour les ménages : ceux-ci devraient, en effet, économiser environ 115€ par an. Toutefois, en y regardant de plus près, cette diminution de taxe n’est pas tout à fait un cadeau fait aux ménages puisqu’elle retardera l’indexation automatique des salaires. Il s’agit, avant tout, de doper la compétitivité des entreprises et des indépendants ! Outre l’impact de cette décision sur les ménages, élargissons la réflexion sur l’écart grandissant entre les hauts et les bas revenus à travers un phénomène nouveau que l’on pourrait nommer : la fracture électrique…

Réduction de la T.VA. rime-t-elle avec fuite du pouvoir d’achat ?

En Belgique, pour protéger les citoyens de l’inflation, l’évolution du prix d’un certain nombre de produits et de services est étudiée à la loupe. Si l’augmentation des prix dépasse un certain montant (indice pivot), les salaires des travailleurs ainsi que les allocations sociales augmentent pour limiter l’impact de l’inflation sur notre niveau de vie. Dans notre secteur ainsi que dans beaucoup d’autres, c’est le calcul de l’indice santé [1] qui sert de base pour calculer l’évolution des prix à la consommation.

La réduction de la T.V.A. sur l’électricité va avoir pour effet de diminuer le coût total du panier de la ménagère et, du même coup, retarder l’indexation automatique de 6 mois. Au niveau des entreprises, le gouvernement espère que cette mesure améliore la compétitivité des entreprises qui verront leurs coûts salariaux stabilisés durant les 6 prochains mois. En ce qui concerne les ménages moyens, cette mesure aura une incidence nulle. Le montant économisé sur l’électricité sera, à peu de chose près, équivalent au montant qui aurait dû être perçu via l’indexation automatique des salaires. On peut donc dire que : ce qui sera gagné d’un côté sera perdu de l’autre. En revanche, d’après L’Echo, pour les allocataires sociaux, le report d’indexation leur fera perdre davantage que l’économie réalisée sur la facture d’électricité.

Cette mesure semble donc quelque peu contradictoire puisqu’elle vise à réduire le coût de la consommation d’énergie sans s’attaquer au véritable nœud du problème à savoir la surconsommation électrique. Pourtant, c’est à ce niveau que les écarts entre les classes sociales se creusent en matière de facture énergétique. Par exemple, un sèche-linge de classe d’énergie A (la plus économe) coûte 300€ de plus et consomme 200 KW/h par an de moins que son homologue de classe C (moins économe). Un sèche-linge classe A permet d’économiser environ 40€ de plus par an à celui qui a les moyens de s’équiper d’un appareil basse consommation. Au vu du nombre d’électroménagers qui équipent nos maisons, cela représente au total un joli petit magot… Ce rapide calcul montre que la réduction de la T.V.A. n’impactera pas le pouvoir d’achat de la même manière pour tous puisque l’inégalité se trouve ailleurs…

A l’heure où la crise fait rage, ne serait-il pas plus intéressant de concentrer nos efforts sur des actions plus globales qui permettraient à l’ensemble des citoyens de réaliser de véritables économies énergétiques tout en stimulant la création d’emplois dans les secteurs qui mettent la réduction de l’énergie au cœur de leurs préoccupations ?

Guillaume Hannecart
Animateur pédagogique
guillaume.hannecart@resonanceasbl.be

[1L’indice santé a été créé en 1994. Il s’agit du calcul de l’évolution des prix de la consommation duquel on a retiré 3 types de produits : l’alcool, le tabac et les carburants.