Fluctuat nec mergitur

Devise historique de la ville de Paris, «  Il est battu par les flots, mais ne sombre pas » devient aujourd’hui le symbole de la résistance contre l’horreur. Faisant référence à son blason orné d’un navire sur une mer agitée, la ville lumière (et avec elle toute une société) se retrouve dans la tourmente de la peur, du dégoût, dans la torpeur de l’incompréhension et du doute. Dans ces moments dramatiques, il faut tenter de comprendre l’incompréhensible, pour aller de l’avant.

La peur est notre ennemie

Comme le partage Marc Jacquemin, Sociologue politique (ULg), sur les réseaux sociaux : « C’est dans les moments de tragédie que chacun, individu, média, institution, révèle qui il est vraiment. » Au milieu des dizaines de réactions, l’éditorial d’Edwy Plenel fait figure d’opinion humaniste et sensée.

« Parce qu’ils ne visaient pas des lieux manifestement symboliques comme lors des attentats de janvier, exprimant leur haine de la liberté (Charlie Hebdo) ou leur haine des juifs (l’HyperCacher), il s’est dit que les terroristes auteurs des carnages parisiens n’avaient pas de cible. C’est faux : armés par une idéologie totalitaire, dont le discours religieux sert d’argument pour tuer toute pluralité, effacer toute diversité, nier toute individualité, ils avaient pour mission d’effrayer une société qui incarne la promesse inverse.

Au-delà de la France, de sa politique étrangère ou de ceux qui la gouvernent, leur cible était cet idéal démocratique d’une société de liberté, parce que de droit : droit d’avoir des droits ; égalité des droits, sans distinction d’origine, d’apparence, de croyance ; droit de faire son chemin dans la vie sans être assigné à sa naissance ou à son appartenance. Une société d’individus, dont le « nous » est tissé d’infinis « moi » en relation les uns avec les autres. Une société de libertés individuelles et de droits collectifs. (…)

Quels que soient les contextes, époques ou latitudes, le terrorisme parie toujours sur la peur. Non seulement la peur qu’il répand dans la société mais la politique de la peur qu’il suscite au sommet de l’État : une fuite en avant où la terreur totalitaire appelle l’exception démocratique, dans une guerre sans fin, sans fronts ni limites, sans autre objectif stratégique que sa perpétuation, attaques et ripostes se nourrissant les unes les autres, causes et effets s’entremêlant à l’infini sans que jamais n’émerge une issue pacifique.

Aussi douloureux qu’il soit, il nous faut faire l’effort de saisir la part de rationalité du terrorisme. Pour mieux le combattre, pour ne pas tomber dans son piège, pour ne jamais lui donner raison, par inconscience ou par aveuglement. Ce sont les prophéties auto-réalisatrices qui sont au ressort de ses terrifiantes logiques meurtrières : provoquer par la terreur un chaos encore plus grand dont il espère, en retour, un gain supplémentaire de colère, de ressentiment, d’injustice… Nous le savons, d’expérience vécue, et récente, tant la fuite en avant nord-américaine après les attentats de 2001 est à l’origine du désastre irakien d’où a surgi l’organisation dite État islamique, née des décombres d’un État détruit et des déchirures d’une société violentée. (…)

En Grande-Bretagne, lors des attentats de 2005, la société s’était spontanément dressée autour du slogan inventé par un jeune internaute : « We’re Not Afraid. » En Espagne, lors des attentats de 2004, la société s’était spontanément rassemblée autour de ce symbole : des mains levées, paumes ouvertes, tout à la fois désarmées et déterminées. Non, nous n’avons pas peur. Sauf de nous-mêmes, si nous y cédions. Sauf de nos dirigeants s’ils nous égarent et nous ignorent. La société que les tueurs voudraient fermer, nous en défendons l’ouverture, plus que jamais. Et le symbole de ce refus, ce pourrait être deux mains qui se rencontrent, se serrent et se mêlent, se tendent l’une vers l’autre. Deux mains croisées. »

La jeunesse questionnée

Au milieu de cette actualité chamboulée, l’ouvrage « Je ne suis pas raciste, mais… » est plus que jamais d’actualité. Avec en guise de fil conducteur, la question « Comment des jeunes perçoivent-ils aujourd’hui l’immigration, la diversité culturelle et en particulier l’islam et les musulmans ? » Malika Madi a parcouru les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles et animé une centaine de rencontres avec des élèves de 4e, 5e et 6e secondaire. Elles furent pour elle l’occasion d’ouvrir le dialogue sur la question de l’altérité et des thèmes qui s’y rapportent comme l’immigration, la diversité culturelle, l’islam, etc. Tous ces témoignages ont ensuite été soigneusement rassemblés et ont servi de point de départ à la rédaction de ce texte qui tente d’apporter un complément d’information par rapport à ces débats qui, à l’évidence, interpellent les jeunes.

Nicolas Kovacs
Chargé de projets et relations extérieures
nkovacs@cjc.be