FIFF Campus 2012 : un évènement transversal où se rencontrent cinéma, écoles et associations citoyennes

Cette année encore, le Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) et son volet pédagogique le FIFF Campus, la Commission Justice et Paix et de nombreuses associations participantes à ce festival ont proposé aux jeunes de prendre part à des animations citoyennes sur base des films vus en salle.

Une rencontre formidablement féconde entre cinéma, écoles et associations. Un accent particulier était mis cette année sur la solidarité intergénérationnelle à travers le projet « C’est dans la boîte ! » dans le cadre de l’année européenne du Vieillissement actif et de la Solidarité entre générations.

Qu’apportent les associations citoyennes au sein de l’évènement FIFF Campus ? Que gagne-t-on dans une collaboration entre cinéma, écoles et associations ? Comment soutenir ce type d’évènement transversal ? C’est ce que nous vous proposons d’explorer dans cette analyse.

Les apports des associations citoyennes au sein du FIFF

Pendant le FIFF Campus, suite aux projections, les associations citoyennes proposent des animations aux jeunes spectateurs. Au cours de ces animations, ils peuvent ainsi s’exprimer, réagir, et débattre des thématiques de société abordées par les films. Il s’agit par exemple des thèmes de l’égalité hommes-femmes, de la justice climatique ou du volontariat.

Le focus de l’année sur la solidarité entre générations a entraîné certaines associations à présenter leur animation sous le prisme de l’intergénérationnel. Par exemple, suite au film « Cheveux rouges et café noir » de Milena Bochet, le Musée de l’Afrique centrale proposait une animation sur la transmission rituelle, la mémoire et la tradition, avec la collaboration de N’Faly Kouyaté, musicien guinéen. Sur base du film « Et si on vivait tous ensemble » de Stéphane Robelin, l’association Courants d’âge et Justice et Paix ont modéré un débat en salle sur le décloisonnement des générations pour un public de tout âge, élèves de secondaire, étudiants du supérieur artistique néerlandophone et membres de l’Université du Troisième âge de Namur.

Les animations citoyennes permettent de mettre en évidence ou de construire plusieurs liens. En s’exprimant sur les thèmes abordés par le film au cours des animations, les jeunes spectateurs sont amenés à évoquer les liens entre le film et leur propre réalité, leurs connaissances et représentations du monde. Ensuite, les animations tendent à ouvrir le débat de différentes manières. Elles peuvent relier ces réalités, connaissances et représentations à une conception du monde différente de celle des jeunes. Les animations peuvent aussi amener à déconstruire certains préjugés ou stéréotypes. Enfin, par rapport aux centres d’intérêt dégagés lors des débats, les associations proposent certaines pistes de réflexion ou d’actions aux jeunes, telles que l’engagement citoyen.

« Communiquons entre générations ! », un message phare des jeunes au sein du FIFF

« C’est dans la boîte ! » était un projet proposé aux jeunes de 3 à 25 ans par le FIFF Campus, la Commission Justice et Paix et de nombreuses autres associations. Ce projet s’inscrivait dans le thème « Vieillissement actif et Solidarité entre générations » proposé par l’Europe en 2012. Aussi, « C’est dans la boîte ! » a profité de la venue de nombreux jeunes spectateurs au festival pour les fédérer autour de la solidarité entre générations. Un peu plus de 300 jeunes issus d’écoles maternelles, primaires et secondaires, d’écoles de devoirs ou simplement en visite dans le chapiteau du festival ont ainsi décoré une boîte en fer, symbole de transmission, et y ont déposé un message pour une autre génération. Leurs créations ont tout d’abord été utilisées dans un match d’improvisation, certaines ont été primées via un concours et enfin, en cohérence avec le thème de l’intergénérationnel, toutes ont été distribuées à des seniors à la fin du festival.

On peut se réjouir de cet engouement pour le projet. Les décorations travaillées et les messages écrits attestaient de la sincérité, de la créativité et de l’empathie témoignées par les jeunes aux autres générations. Cet enthousiasme démontre, comme lors des projets fédérateurs FIFF Campus précédents , la capacité d’investissement des jeunes pour des projets citoyens. Ils portent en eux des valeurs humanistes qui ne demandent qu’à s’exprimer de manière originale et à être entendues lorsque le cadre les y encourage.

Cinéma d’auteurs, jeunes et citoyenneté, est-ce compatible ?

S’il a été question de décloisonner les générations, il faut aussi souligner combien un évènement comme le FIFF et notamment son volet pédagogique « Campus » est un endroit de décloisonnement des mondes du cinéma, de l’enseignement et de l’associatif.

Alors que les films d’auteurs de qualité, belges notamment, cherchent toujours à intéresser un public plus large, ils trouvent grâce au FIFF Campus une audience jeune, parfois difficilement atteignable en salle.

Les écoles, en ouverture au monde, à qui la société confie entre autres la responsabilité de l’éducation citoyenne des élèves, peuvent trouver dans les films et les animations citoyennes qui les accompagnent des mines de thèmes à exploiter et des ressources pour sensibiliser les élèves.

Les associations, auxquelles incombe également l’éducation citoyenne, peuvent s’appuyer sur les réactions suscitées par les films pour approfondir des thèmes auxquels les jeunes ont été sensibilisés pendant la projection. Les associations ont ainsi l’opportunité de nouer de nouveaux contacts avec les écoles et les jeunes eux-mêmes pour des actions futures. Et ainsi à l’avenir, accompagner des jeunes citoyens dans leur ouverture à des thématiques de société diversifiées.

Une ouverture qui permet aux jeunes d’appréhender le monde qui les entoure avec un nouveau regard et de nouvelles clés de lecture. Et donc, entre autres, à s’intéresser à un cinéma de qualité qui enrichira ces nouveaux points de vue. On voit combien la rencontre de mondes différents est fructueuse. Elle fait naître de nouveaux intérêts, des nouvelles réflexions, de nouvelles actions : un cercle vertueux entre cinéma, jeunes et actions citoyennes

Soutenir ces collaborations transversales

Le FIFF n’est pas l’unique festival de cinéma où se rencontrent cinéphiles et défenseurs des droits humains. Citons par exemple le festival de films « Alimenterre » organisé par SOS Faim. Pour sa quatrième édition en ce mois d’octobre 2012, ce festival rassemblait à nouveau avec succès les spectateurs autour des enjeux de l’agriculture et de l’alimentation. Le Festival des Libertés , organisé par Bruxelles Laïque est également un endroit où s’articulent l’artistique et le politique afin de promouvoir la solidarité, notamment au travers d’une compétition internationale de documentaires.

Nous exhortons donc la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Service public Fédéral de la Coopération à poursuivre leur appui à ce type de projets transversaux bénéfiques pour les groupes qui s’y rencontrent. Nous encourageons ainsi le Ministère de la Culture dans son axe de renforcement des transversalités . En effet, dans son « Focus Culture 2011 – Faits et tendances » l’Administration générale de la culture se donne comme impératifs de « défricher de nouveaux espaces de collaboration, de décloisonner les pratiques, de jeter des passerelles entre domaines voisins , de dépasser les clivages traditionnels (budgétaires, réglementaires, administratifs ou institutionnels). »

Pour continuer d’avoir les moyens de ces impératifs, pour mener un évènement transversal comme le FIFF Campus, nous devons pouvoir compter sur trois composantes : le cinéma, les écoles et les associations citoyennes.

Nous demandons donc à la Fédération Wallonie-Bruxelles de renforcer les subventions consacrées aux films qui abordent des thématiques de société complexes car de notre point de vue associatif, il s’agit d’excellents outils de sensibilisation. Nous encourageons le Service public fédéral de la Coopération au Développement à faire perdurer sa contribution à la production de films, comme ce qui a été fait pour le documentaire « Kinshasa Kids » de Marc-Henri Wajnberg , projeté dans le cadre du FIFF.

Enfin, il est essentiel que nos associations d’éducation permanente, d’éducation à la paix, à la citoyenneté et au développement, s’investissent dans ce type d’évènement afin de jeter des passerelles entre mondes voisins, d’explorer des terrains de collaboration pour davantage d’expression, d’engagement et d’émancipation des citoyens.

Amandine Kech
Commission Justice et Paix Belgique francophone
octobre 2012