Expulsion et incompréhension

Une fois n’est pas coutume, les conditions d’immigration et les politiques d’asile ont ravi la presse. Et il y avait de quoi : expulsion, policiers en surnombre, sans papiers, sans emploi, des roms, et la Une est bouclée. En effet, il y a une semaine, des familles, des personnes occupant le couvent de Gésù, laissé à l’abandon, se sont vu expulser de force et de manière musclée ! Était-on obligé d’en arriver là ? Voilà une question que beaucoup se posent et à juste titre. Pourquoi faut-il que la sécurité des uns rime avec l’insécurité des autres ? Que nous apprend le passé et qu’allons-nous en retenir ?

Pourquoi recourir à la force, s’il s’agit, comme le dit le bourgmestre de St-Josse, Emir Kir, uniquement de vérifier les identités et d’octroyer des logements décents à ces personnes ?
D’une idée qui semble louable au départ, on se retrouve une fois encore, face à une action hautement critiquable et traumatisante pour ces enfants et leur famille. Cela ne nous rappelle que trop bien certaines périodes sombres de notre Histoire. N’y-a-t-il vraiment pas moyen d’apprendre des actions du passé ?

L’incompréhension

Il est difficile de comprendre cette décision pour plusieurs raisons, notamment, pourquoi maintenant, après 5 ans d’occupation ? Pourquoi ces bâtiments inoccupés qui appartiennent à l’Etat, à l’Église, ne peuvent-ils être mis à disposition des personnes qui en ont besoin ? Pourquoi utiliser la force et pas le dialogue ? Pourquoi laisser ces personnes dans un état de stress permanent en attendant le moment où la police débarquera ? Certaines familles ont des avocats qui ont tenté le dialogue avec les pouvoirs communaux et pourtant rien n’y a fait. Les moyens déployés pour cette action auraient aussi bien pu créer d’autres types d’actions.

Action – réaction

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un bourgmestre se retrouve face à cette situation et pourtant on arrive presque toujours au même résultat. Comme en physique, chacune de nos actions provoquent des réactions, simples ou plus complexes. Il semblerait que le monde politique ait oublié ce principe. Nous pourrions avoir l’impression qu’ils agissent parfois sans penser aux conséquences ou aux dommages collatéraux. Et que tous les problèmes trouvent une même réponse, sans nuance. Et si nos politiciens doivent avoir un point de vue macro sur les événements, que cela ne les empêche pas de garder une vision humaine.

Pourtant, face à une situation, il y a des milliers de solutions qui s’offrent à nous. Refuser de changer certaines méthodes, de comprendre le pourquoi, le comment, c’est faire comme s’il ne s’était jamais rien passé avant et comme s’il n’était pas intéressant d’apprendre du passé.

Et si on osait...

Face à ces interpellations faisons preuve de créativité, que pourrait-on proposer comme alternative à l’expulsion ? Imaginons que tout est possible...
Première idée, proposer un toit, de l’eau, de l’électricité en échange de services rendus par les occupants, pour l’entretien des bâtiments ou la restauration de ceux-ci, par exemple. Certains des occupants à la recherche d’un emploi ont peut-être des qualifications dans la construction.

Deuxième idée, dans certaines communes les CPAS mettent en place des projets pour permettre aux personnes qui n’ont plus droit au chômage de collaborer à leurs projets, en échange d’un salaire. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

Troisième idée, les politiques communales sont dans l’obligation de construire ou de mettre à disposition des logements sociaux. Or, la construction coûte beaucoup d’argent, alors pourquoi ne pas profiter des bâtiments existants ! A cause des normes de sécurité ? Et si la première préoccupation était de loger ces personnes ? A l’aube de l’hiver ce choix semble nécessaire.

Oui, mais

Il y a quand même un « mais » dans cette histoire ! Oui, cette histoire, nous a bousculés ! Mais si cela avait été un autre journaliste qui avait écrit l’article, avec un angle d’attaque différent et une autre sensibilité. Sans doute, réagirions-nous autrement si on nous parlait de la violence et de l’insécurité qui régnaient au couvent ? Et si cette impression de « déjà vu » des pratiques d’intervention qui déshumanisent, était nourrie par certaines bribes d’information choisies avec précision par la presse. Et si la situation avait en fait déjà un peu évolué – Samu social, logements de transit, priorité aux enfants scolarisés - et que cela, les médias ne l’avaient pas suffisamment relayé ? Bien sûr nous apprenons du passé, notre sens critique est plus aiguisé, moins floué, plus citoyen !

Débora Ghislain
Permanente pédagogique – Résonance
debora.ghislain@resonanceasbl.be