
Belle mise en scène de Fadila Laanan
La présentation était belle, les intentions louables et les opérateurs de la culture y ont crus. Beaucoup se sont investis. Aujourd’hui, tant au niveau du fond que de la procédure, les Etats Généraux de la Culture déçoivent.
Les Etats Généraux de la Culture, se sont terminés la semaine dernière. Initié il y a plusieurs mois, ce grand dispositif avait pour objectif de « refonder la politique culturelle en Communauté française » . Pour notre Ministre Fadila Laanan, cette clôture est l’occasion d’être présente dans la sphère médiatique et de discourir sur les mesures qu’elle entame. Mais en tant qu’opérateur culturel, notre vision du processus est plutôt mitigée.
Rien n’est fini !
Ce qui est s’achevé, ce sont les deux premières phases : les rencontres thématiques et les rencontres transversales. Elles avaient pour but la rencontre avec l’ensemble des opérateurs, le recueil des opinions avec une garantie de diversité et le débat démocratique rassemblant tous les acteurs du champ culturel. Les acteurs de terrain étaient-ils présents ? Oui, mais aucune garantie de diversité ou de représentativité du secteur n’a été apportée. Y a-t-il eu expression de tous ? Oui, si l’on considère qu’un changement des modalités de prise de parole en cours de processus n’est pas discriminant. Y a-t-il eu débat démocratique ? Oui, si l’on estime que venir poser des questions ou exposer sa réalité et ses requêtes les uns à la suite des autres constitue une discussion collective.
Concernant le suivi des rencontres thématiques, cinq groupes de travail ont été constitués. Seulement deux sont ouverts aux organes représentatifs des différents secteurs. Ce choix de composition nous interpelle dans le cadre d’un « dispositif participatif et décloisonné ». Pour les aspects transversaux, les décisions relatives aux propositions de réformes seront présentées à la rentrée. Aucune information sur la prise en compte de tel ou tel avis n’est donnée. A l’issue de ces deux phases, tout a été dit, tout et son contraire. Il est donc aisé d’instaurer n’importe quelle mesure en la légitimant comme « issue des EGC ».
Nous recevrons les conclusions finales en septembre. Cependant, nous avons l’étrange sensation d’être déjà en mesure de les rédiger. Il nous suffit de relire les objectifs de départ et d’avoir entendu les discours de Fadila Laanan pour connaître l’issue de ce processus. Quelle différence y a-t-il entre le début de ces Etats Généraux de la Culture et maintenant ? Les propositions de départ, formulées en terme d’objectifs ont-elles évolué ? Certainement, mais ces modifications ne sont pas réellement significatives. Transversalité, équité, accessibilité sont des maîtres-mots de la culture selon notre Ministre. Ils l’ont toujours été. Sans se positionner comme opposés à ces termes, nous nous interrogeons toutefois sur leur origine et leur prévalence.
Enfin, ces Etats Généraux de la Culture nous apparaissent plutôt comme les Etats Généraux des Arts. Nous nous accordons difficilement avec la définition de la culture proposée par notre Ministre. Fadila Laanan parle d’« un élément fédérateur entre les citoyens. C’est quelque chose qui permet au citoyen d’être épanoui et de vivre dans le bonheur dans la société. C’est un élément qui apporte du plaisir et aussi faire réfléchir, remettre en question » . Elle nous dit aussi que défendre la diversité culturelle est important pour elle, défendre aussi bien la culture avec un grand C telle que l’opéra et le théâtre que les cultures émergentes comme le rap, le hip-hop.
Au travers de ses nombreuses prises de parole, il nous semble que notre Ministre à tendance à n’aborder la culture qu’en terme d’art. Ce qui est réducteur. Bien sur, lorsqu’on l’interroge sur les autres versants de la culture, elle les reconnaît, mais ne les relève jamais spontanément. En agissant de la sorte, Fadila Laanan risque de créer un clivage au sein même du secteur qu’elle souhaite décloisonné, désenclavé.
L’art est important, personne n’en disconviendra. Mais la culture est bien plus large que l’art. La culture est constituée d’un ensemble de normes qui régissent nos comportements, nos manières de penser, nos interactions. L’art est représentatif d’une culture à un moment donné. La culture n’est pas un savoir. Elle se transmet en la vivant, par imprégnation. Elle évolue comme tout autre phénomène de groupe, soit « naturellement » sans réelle conscience du changement qui s’opère, soit par la volonté des personnes, dans une démarche réflexive.
Au vu de ces deux premières phases des Etats Généraux de la Culture et du suivi qui leur est donné, nous ne pouvons qu’exprimer notre plus grande circonspection. Nous ne pouvons être satisfaits sous prétexte que nous avons pu dire notre avis. Aucune représentativité des secteurs n’a été garantie. Nous ne pouvons avoir l’impression de contribuer à un processus participatif et démocratique alors qu’il n’en revêt pas toutes les caractéristiques. Nous ne pouvons adhérer à une démarche qui se définit comme Etats Généraux de la culture alors que ce n’est ni ce qu’elle est, ni ce qu’elle vise. Et pourtant, nous continuerons à nous intéresser et nous investir dans tout ce qui concernera les politiques culturelles dans une dynamique de citoyen responsable actif critique et solidaire.
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