Et si on voyageait autrement ?

En cette période de départ massif en vacances, la tendance au voyage solidaire ou responsable tend à s’élargir. Un tourisme qui résonne, pour les CRACS que nous sommes, comme un appel à l’aventure citoyenne…

Émergence d’un tourisme responsable et solidaire

Les conséquences d’un tourisme de masse incontrôlé peuvent être dévastatrices, aussi bien pour l’environnement que pour le milieu humain. C’est le cas surtout dans les pays du Sud qui accueillent de plus en plus de touristes. Les populations accueillantes en sont plus souvent victimes que bénéficiaires, le tourisme profitant davantage à de grosses sociétés étrangères.

Devant ce constat, commence à se développer une activité touristique respectueuse de l’environnement naturel et culturel, qui privilégie la rencontre et l’échange et participe de manière éthique au développement local. « C’est un tourisme qui permet aux populations de bénéficier réellement des ressources engendrées par le tourisme et d’améliorer leur niveau de vie par ce moyen tout en respectant leur dignité » [1].

Nous voyons donc trois éléments se compléter :

  • redistribution aux communautés vivant sur les lieux du tourisme d’une part équitable des revenus que génère le tourisme (aspect équitable)
  • préservation à long terme des ressources naturelles, culturelles et sociales (aspect durable)
  • rencontre authentique entre les voyageurs et les populations locales (aspect participatif).

En règle générale, une partie des ressources sert le projet collectif dans lequel l’hôte est intégré (association, réseau d’accueil, coopérative, etc.). Dans certains cas, l’organisateur ou le voyagiste soutient des actions de développement ou finance des projets sociaux ou de réhabilitation grâce à une partie du prix du séjour. Le voyage en lui-même doit également faire appel à des prestataires de service cohérents envers l’éthique de cette forme de tourisme.

Ce tourisme alternatif n’est pas à confondre avec le voyage humanitaire qui va plus loin en engageant le visiteur, volontaire, à participer physiquement à un projet pour une période définie. On ne parle plus de vacances dans ce cas…

Une soif d’essentiel

Isabelle a décidé de partir cet été en famille pour un projet au Sénégal.

Une nuit de septembre, au lendemain d’un été qui m’avait laissé comme un goût de trop peu, je nous vois, mon homme et moi dans un village très pauvre avec nos trois filles de 17, 14 et 11 ans, dans un pays totalement inconnu. Je nous vois aider, aller à la rencontre des autres.

Très vite, les idées fusent ; nous avons vécu des choses difficiles et nous avons du mal à nous recentrer sur l’essentiel. Nos ados, aux prises avec leur "souci" identitaire, d’image de soi, accros à leurs écrans, en rébellion contre tout et rien dans un monde qui leur en demande beaucoup... Et nous, finalement, pas très différents d’eux, souci d’identité professionnelle, stress, écrans, course perpétuelle... Et si nous pouvions nous détacher un moment de toutes ces préoccupations quotidiennes et vivre une autre réalité, pour ensuite re-vivre notre réalité dans ce qu’elle a d’essentiel et de beau.

Au-delà de l’attrait "exotique" de ce voyage, nous avons immédiatement embrassé le but solidaire du projet. Chacun a participé à sa manière à une cagnotte... et finalement, nous avons réussi à débloquer un budget qui était pour nous déraisonnable. Tout s’est mis en place : contacts, récolte de matériel en fonction de leurs besoins là-bas, ... Nous décomptons maintenant les dodos avant de découvrir ce petit village sénégalais, ces personnes, cette autre réalité qui nous attend...

Y a pas que l’intention qui compte…

Surfant sur cette vague, certains opérateurs proposent des formules d’"ethnotourisme" ou d’"écotourisme", qui cachent parfois une réalité moins reluisante. Posez les bonnes questions aux voyagistes : quels seront les contacts avec la population locale, quels seront les sites visités, à qui profitera l’argent du voyage, l’environnement sera-t-il respecté…

Le voyageur qui opte pour cette forme de tourisme est un consommateur responsable qui a pris conscience que son attitude et ses actes sur place peuvent être autant un facteur de développement qu’un élément déstabilisateur pour les populations d’accueil. Certains comportements anodins peuvent être sources de malentendus et de problèmes parfois très graves. Il veillera donc à se garder de toute attitude et de toute intervention qui pourrait bouleverser les équilibres sociaux, culturels et écologiques des communautés : faire attention à ce que l’on prend en photo, s’interdire tout don et intervention directe sur le lieu (argent, médicaments, bonbons…) afin, par exemple, de ne pas encourager la mendicité des enfants…

Bonnes vacances !

Aujourd’hui, de nombreux voyageurs sont sensibles à l’impact de leur périple sur la région qui les attire et expérimentent de nouvelles formes de voyage. Ils cherchent à être cohérents avec les principes citoyens qu’ils appliquent chez eux mais aussi à améliorer la qualité de leurs vacances, pour faire du voyage une expérience authentique.

Le tourisme solidaire, s’il reste encore marginal, voit de nombreux réseaux de coopératives, associations, villages et ONG s’organiser de par le monde pour le promouvoir.

Alors, n’hésitez plus et lancez-vous dans cette aventure solidaire, entre amis ou en famille !

Pour aller, plus loin : www.tourismesolidaire.org, www.ritimo.org, http://www.voyageons-autrement.com, http://www.doublesens.fr/, http://ouvriersdepaix.org/tourisme-solidaire/, Le Petit Futé « Aide et action ».

Nathalie Flament
Résonance asbl
nathalie.flament@resonanceasbl.be