Et si on dialoguait ?

L’incendie de la Mosquée de Bruxelles la semaine dernière et les récents attentats terroristes de Toulouse ont ravivé les débats autour des conflits religieux. Or derrière ces actes barbares, la douleur qu’ils provoquent et la haine qu’ils peuvent alimenter, n’y a-t-il pas les germes d’un dialogue possible ?

L’Imam Abdallah Dahdou, figure du dialogue inter-religieux

Suite au décès tragique de l’Imam Abdallah Dahdouh la semaine dernière dans l’incendie de la mosquée de Bruxelles, plus de 2000 personnes ont participé à la marche blanche organisée en sa mémoire. C’est que l’Imam a marqué son temps. Tous décrivent un théologien humble, doté d’une grande sagesse. Un savant, certes, mais totalement accessible. Il lit Platon, Lao Tseu, des traités de psychologie, fait des prêches en français et est impliqué dans le scoutisme musulman via Amitié et Fraternité Scoute. Il voulait que les jeunes deviennent acteurs de leur propre avenir. Comme quoi, la CRACS attitude séduit aussi en dehors de nos OJ.

Bien ancré dans son époque, l’Imam Abdellah Dahdouh était un homme d’ouverture et de tolérance, prêt à agir pour tout ce qui peut favoriser la rencontre et le dialogue. Il ne parlait pas seulement mais joignait l’acte à la parole. Il avait été jusqu’à assister à un jour de fête juive accompagné de membres de sa mosquée et de représentants d’autres cultes, prenant la parole pour prôner l’acceptation de l’autre et l’amitié entre les hommes, au-delà des divergences religieuses.
Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles témoigne : « Quelques mois après, il nous a invités dans sa mosquée pour une cérémonie œcuménique [1] . C’était un moment inoubliable. Un moment magique où le rêve avait rejoint la réalité. Un moment de fraternité et de rencontre au cours duquel je m’étais adressé en arabe à l’assistance du haut de la chaire. Ce moment restera dans ma vie comme un des moments les plus forts de mon existence.  »

A Toulouse, les communautés s’unissent

Cette semaine, dans le cadre des actes terroristes de Toulouse, on a pu voir Richard Prasquier, président du Crif [2] et Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, s’unir dans la douleur face aux actes commis et affirmer leur refus commun de voir cet acte isolé et vengeur associé à la culture religieuse de l’Islam. « Embarqués dans un même mal » qu’il faut éliminer, les musulmans et les juifs ont affirmé leur volonté commune de lutter contre toute forme de radicalisme haineux et de promouvoir le respect mutuel.

Certains n’ont pas tardé à récupérer cette actualité pour servir leurs idéologies conservatrices et attiser les sentiments de vengeance et de crainte. Le risque de « contagion » est bien présent. Ne rentrons pas dans ce manège !

Cultiver l’interculturel

L’Homme a naturellement tendance à rechercher la relation avec des personnes qui partagent les mêmes caractéristiques ou les mêmes valeurs. C’est plus facile, évidemment ! Et c’est plus rassurant… Dans le même temps, on a tendance à fuir, voire craindre ceux qui partagent des valeurs et coutumes différentes. Cependant, il y a fort à gagner dans la rencontre des cultures : que d’expériences enrichissantes et de rencontres fructueuses pour ceux qui peuvent confronter des visions et des pratiques différentes.

Au niveau de nos associations de jeunesse, c’est déjà s’ouvrir à ce que font les autres. Plus largement, c’est élargir son public, sortir de temps en temps de son secteur habituel. Au travers de rencontres, de formations (comme celles que propose Résonance, rassemblant les acteurs de diverses organisations) ou dans la construction de projets communs. Pourquoi ne pas aller animer ou former dans une autre organisation, afin de s’imprégner d’autres pratiques ? Pourquoi ne pas s’ouvrir à un public différent de celui qu’on accueille habituellement ? Certains craignent peut-être de mettre en péril leur identité, ou de perdre en cohérence. Bien au contraire, c’est en se confrontant aux autres que l’on se définit. Comment pourrait-on se définir végétarien si tout le monde l’était ? Il n’est pas question de se disperser ici, mais de prendre du recul, de la distance, pour revenir plus riche des échanges vécus. C’est aussi accepter de remettre sa façon de concevoir les choses en question, dans une dynamique d’ouverture et d’évolution. Ces petits pas vers l’autre permettent souvent d’éviter les incompréhensions qui mènent au conflit.

A l’heure où certaines tendances politiques prônent la peur de ce qui est « autre » et le repli sur soi, sur ses valeurs… A l’instar de l’Imam Abdellah Dahdouh, de Richard Prasquier et Dalil Boukakeur, et en élargissant le propos au-delà de la religion… Osons prôner l’interculturel et la tolérance. Non pas ces valeurs « bateau » parfois considérées comme une « mollesse » ou du laxisme, mais au contraire l’affirmation forte que cette diversité est au fondement de toute identité, et la confrontation interculturelle comme la condition d’une évolution saine de notre société.

Insh’Allah !

Nathalie Flament
Coordinatrice de formation
nathalie.flament@resonanceasbl.be

[1Le dialogue interreligieux est une forme organisée de dialogue entre des religions ou spiritualités différentes. À l’intérieur d’une même religion, le dialogue entre les différents courants est appelé « œcuménisme ».

[2Conseil Représentatif des Institutions juives de France